30.05.2017

Mon quatrième roman dans la langue de Robert Musil!

Sortie Allemagne, Autriche, Suisse : septembre 2017.

 

 

22.05.2017

 

Mon quatrième roman dans la langue de Bret Easton Ellis! Et moi, je suis quand même foutrement ému...

Sortie UK : 11.06. Sortie US : 15.06.

https://www.bitterlemonpress.com/products/three-drops-of-blood-and-a-cloud-of-cocaine

 

 

 

26.04.2016

 

Chers vous !

C’est avec émotion que je vous annonce la publication prochaine de « L’Âge de l’héroïne », qui sera en librairie le 2 juin. Paraîtra également mon livre précédent en format poche, aux éditions 10 / 18. Je n’ai pas de goût pour le champagne, je me rabats donc sur une vieille Kronenbourg. Santé!

 

 

12.02.2016

J’imagine l’embarras des critiques, lorsqu’est paru La Fête de l’insignifiance (2014). Kundera, que certains d’entre eux croyaient mort, ressuscitait. Sa Pléiade avait pourtant été bouclée. La pierre avait été roulée devant son tombeau. Il ne lui restait plus qu’à se fixer quelque part dans le ciel. Mais un roman paraît ! Et le critique regarde avec défiance les cent-quarante pages en collection blanche qui encombre son bureau. Que faire d’un tel objet ? Il a, sur les autres auteurs, des listes de mots-clefs et d’expressions toutes faites. Sans lire leurs livres, il peut situer une Angot, un Echenoz. Il sait que la première est invariablement dérangeante, questionnante, que le second est systématiquement pointu, exigeant. Mais que faire de Kundera ? Comment appréhender ce cadavre qui remue ? Cet idole qui, renonçant momentanément à son carré de ciel, se met à imprimer de nouvelles révélations ? « Il faut, disent-ils, simplement dire ce que l’on en pense. » Mais qu’en pensent-ils ? Peuvent-ils s’abstraire du mythe ? Penseront-ils librement face à Kundera, eux qui peinent à le faire face à Angot, face à Echenoz ? Oseront-ils bousculer une montagne ? S’ils le font, cela ne sonnera-t-il pas artificiel, trop convenu, trop anarchiste de pacotille ? Les critiques de la Fête de l’insignifiance se sont partagés entre l’idolâtre soumission et la révolte de papier. Ils ont fait soit acte d’allégeance, soit acte de bravade ; ils n’étaient pas sincères. J’affirme qu’ils ne pouvaient l’être. Il aurait fallu admettre que le cas Kundera posait un dilemme insoluble. Mais comment l’admettre publiquement ? Comment accepter d’être la risée de sa branche ? Comment risquer de décevoir le lecteur ? On attend d’un juge qu’il tranche, non qu’il admette sa faiblesse, qu’il s’avoue emprunté. Les critiques ont certainement admis à part eux que Kundera était devenu leur bourreau ; ils ont certainement souhaité sa mort. Ils n’ont pas pu ne pas envier le lecteur amateur, qui a cet inestimable avantage sur le lecteur salarié : il peut garder son avis pour lui ; il n’est pas forcé de le donner ; il n’est même pas tenu d’en avoir un ! Mais le fardeau du critique, plus exactement du journaliste littéraire – qui est aussi celui du juge – est de formuler une sentence, et que cette sentence prenne l’épaisseur d’une maxime universelle. Or, comment confronter une maxime universelle à un monument qui ne l’est pas moins ? Il fallait soit, par bravade, dynamiter le monument – procéder à l’une de ces déconstructions de toc dont les intellectuels sont coutumiers – soit se mettre à genoux – en espérant que nos collègues, nos amis, nos lecteurs ne nous verraient pas. Les juges ont échoué ; leurs sentences, sévères, indulgentes ou laudatives semblent insignifiantes à côté de l’œuvre de leur bourreau. Et c’est sans doute la grande force de se livre : glisser des mains de la critique, pour tomber directement entre celles du lecteur.

 

16.06.2015


Bonne nouvelle! Moins d'une semaine après sa sortie, "Trois gouttes de sang et un nuage de coke" se hisse en cinquième position des meilleures ventes en Suisse - devant Umberto Eco!


 

 

22.05.2015

Chers vous,
J’ai le plaisir de vous annoncer la sortie prochaine de « Trois gouttes de sang et un nuage de coke », aux éditions de la Grande Ourse. Ai-je besoin de préciser qu’il s’agit de mon meilleur ouvrage ?

Dès le 2 juin en librairie.

C’est d’ailleurs pour une question de mots, de bon mot, qu’il est mort. Voyez-vous, nous allions devenir amis et je voulais sniffer. Il m’est apparu que je pouvais commettre la saillie suivante : « Tirer un trait sur l’amitié ». Il me fallait de la drogue, je l’avais ! Un ami mort, je l’ai eu ! Vous le savez aussi bien que moi : on tue pour une cigarette, une griffe, une œillade de travers. Moi, j’ai tué pour un bon mot. Tout cela est vertigineusement, effroyablement inconsistant.

 

 

18.03.2015

Les enfants soldats de Daech et du PDC
Paru dans le Régional, le 18 mars 2015

Je n’ai pas pour l’enfance la révérence, la dévotion dont sont pénétrés mes contemporains ; souvent, quand je croise une poussette, j’ai envie d’écraser l’occupant-roi d’un coup de botte. Mais je pousse tout de même le cynisme moins loin que nos politiciens romands. Il y a quelques mois, lorsqu’il s’agissait de faire passer l’initiative dite de la « Marche Blanche », la Jeanne d’Arc hystérique qui la portait crut bon de placarder sur nos murs ses nounours mutilés. Lors d’une manifestation pour l’interdiction de circuler dans une rue de Genève, les mômes des activistes furent impitoyablement criblés de pin’s, armés de pancartes et brandis en crucifiés. Mais récemment, le Parti Démocrate Chrétien s’est surpassé. Les enfants sont montés en première ligne. Ils étaient sur chaque affiche. Sur l’une d’elle, on nous montrait une famille idéale en train de prendre le petit-déjeuner: le père, de trois-quarts, faisait penser à Michel Fourniret jeune, la mère avait le visage enfoui dans ses boucles (cachait-t-elle des traces de coups ?), quant aux gniards, ils étaient bien entendu blonds, buvaient du lait et semblaient complètement assommés par la Ritaline. Et tandis que l’on s’offusque des enfants-bombes et des enfants-soldats qui opèrent au sein de l’EI ou de Boko Haram, on dépêche sans hésiter nos propres troupes puériles à la rescousse de nos lubies idéologiques (ou médiatiques). Tandis que l’on fait un procès au moindre coin de cul sur une affiche publicitaire sous le prétexte de la « dignité de la femme », on fait bon marché de la dignité de l’enfant. Je vais donc continuer à écraser vos poussettes. Au moins aussi longtemps que vous exploiterez vos enfants.

 

11.02.2015

Le tableau noir de l’école romande
Paru dans le Régional, le 11 février 2015

L’école publique n’a pas de chance ; elle est coincée entre le marteau et l’enclume. D’une part, une gauche d’idéologues assoiffés de « réformes », en rupture tant avec les élèves que les enseignants ; la vaudoise Anne-Catherine Lyon, tristement célèbre, s’est faite la championne de cette tendance, accumulant les propositions stériles aux noms farfelus, infantiles, qui sont autant d’attaques en règle contre le système scolaire et ceux qui en sont les acteurs (le tout en vertu d’une idéologie sociale-démocrate bas de gamme qui se fait appeler tantôt « harmonisation », tantôt « humanisme »). D’autre part, une droite de technocrates ahuris, braillant rituellement leurs anathèmes contre les fonctionnaires, coupant dans les budgets avec une ardeur – pour ne pas dire une haine – que peut seule justifier une défiance à l’égard de l’intelligence en général, et de l’éducation en particulier ; récemment, le Grand Conseil genevois – sorte de cours de récréation où l’on passe plus de temps à s’agonir sur Facebook qu’à débattre entre députés – a voté son fameux « Budget 2015 », marqué par une avarice impitoyable envers l’instruction et la formation, prévoyant notamment le gel de la progression salariale des fonctionnaires, ainsi que l’inévitable « tiers-mondisation » des infrastructures scolaires. L’école publique, dans notre pays, n’a pas fini de pâtir : demain, il est à parier que les technocrates succèderont aux idéologues, les idéologues aux technocrates. Restent les élèves dont le niveau est en chute libre, les enseignants marqués au fer de la dépression et du burn-out, les bâtiments qui tombent en ruines et les parents qui se désintéressent de leur marmaille sitôt qu’ils l’ont fourrée dans un car de ramassage scolaire. Le tableau n’est pas réjouissant.

 

18.11.2014

Fureurs de masse : les internautes et la peine de mort
Paru dans La Liberté, le 13 novembre 2014

Sans doute, cela a toujours existé : les fureurs de masse, les meutes enragées, les mises à mort en place publique. Mais les réseaux sociaux et les journaux en ligne ont exacerbé cette tendance en lui retirant ce qu’elle avait de réel, de sanglant et, partant, de dissuasif. Dorénavant, c’est assis chez soi – dans un décor zen, tamisé, légèrement lounge – que l’on souhaite la mort de quelqu’un, s’en réjouit et même, parfois, y participe activement. Les internautes, à l’instar de l’Inquisition qui les a précédés, ne se contentent que d’une condamnation à mort.
Il y a quelques semaines, après qu’un jeune tortionnaire de chaton ait fini par se pendre au fond de son jardin, traqué, acculé par plusieurs milliers d’internautes hystériques et vengeurs rassemblés en meute, ils étaient nombreux ceux qui, nullement apaisés par la mort du bourreau, disaient leur regret d’une mort si facile, si rapide – et qui ne convenait pas à leur passion vengeresse, à leurs fantasmes sanglants. Josiane D., que son profil facebook présentait comme travaillant pour le service des eaux d’une grande ville belge, et qu’une photo montrait souriante, calée repue entre ses deux enfants, affirmait que, si ça ne tenait qu’à elle,« cette enfoiré aurai morfler des heures !!!! je l’aurai attachée et pas relacher avant qui me supplie » (nous conservons l’orthographe), tandis qu’une autre femme, Manon F., habitant dans le Var, jardinant à ses heures, l’encourageait avec chaleur : « Vous avez raison, il s’en tire bcp bcp bcp trop bien ! ». Quant à la peine prononcée, six mois de prison, elle était, bien entendu, jugée risible – et ceux qui l’avaient prononcée n’étaient pas traités avec plus de mansuétude que le jeune suicidé. Plus proche de nous, il y a l’affaire Julien Blanc, ce coach en séduction sur qui les « internautes » – curieux titre de noblesse qui sert, en même temps, de caution morale – ont lancé leur hallali, promettant de « lui arracher les couilles », de « violer sa mère» ou, plus poétiquement, de l’entraîner dans une cave et de l’entreprendre à l’aide de divers ustensiles ménagers. Joyeux programme auquel on ne saurait refuser de participer – de peur d’être assimilé, jugé complice, bon pour la cave et gibier de potence.
Enfin, la fronde s’est abattue sur Nabilla. La starlette ne s’en est prise ni aux femmes, ni aux enfants – ni même aux animaux – et personne ne prête attention à sa victime. Il est difficile de voir pourquoi on lui souhaite si ardemment le « pire des scénario » : trente ans de réclusion (dixit le 20 Minutes). Le danger qu’elle représente pour la société ? Sa bêtise ? Ses seins refaits ? Sa présence médiatique ? Peut-être. Mais c’est passer à côté de l’essentiel : cette foule hystérique que l’on nomme pudiquement « les internautes » semble n’avoir guère besoin de motivation extérieure pour justifier ses appels au viol, au meurtre et à la torture. Plus minime le détonateur ; plus énorme la fureur. À dix millions contre un, s’encourageant sans cesse les uns les autres – écumants, galvanisés – leur rhétorique est d’une virulence, d’une violence rarement atteinte, et les mineurs révoltés du Germinal d’Emile Zola font figure d’amateurs. En ce début de siècle, nous souhaitons des romanciers qui sauraient nous montrer de quoi c’est fait, une employée du service des eaux belge, mère de famille sans histoire qui, le travail terminé, les mômes au lit, dans la moiteur de son bureau ou de sa chambre à coucher, parfois même sous la couette, élabore des sévices raffinés, des tortures « Renaissance », encombre les réseaux sociaux de vœux de viol et de meurtre, avant de s’endormir – la conscience aussi blanche, aussi propre que les draps du plumard. À de tels romanciers, s’ils existent, nous devrons beaucoup. D’ici là, crions, hurlons : désignons la prochaine victime.

 

02.10.2014

La Suisse romande, département français d’un soir
Paru dans le Régional, le 2 octobre 2014

Nous sommes, en Suisse, très tatillons, très irritables, quand il s’agit de laisser nos voisins mettre le pif dans nos affaires. Les attaques contre le secret bancaire nous filent de l’urticaire, les Montebourg qui la ramènent après le vote du 9 février sont voués aux gémonies ; et nous encensons Adolf Ogi lorsque celui-ci remet en place, à Interlaken, un Sarkozy trop bavard qu’il avait pourtant lui-même invité. Or, voici que ce même Sarkozy annonce son retour. Les éditorialistes français feignent la surprise et se déchaînent, à qui pour, à qui contre, à qui peut-être. Nos sacro-saintes frontières ne résistent pas à la tempête, elles en sont provisoirement abolies ; nous les tatillons, les patriotes, nous devenons d’un coup français, annexés par la plume passionnée de nos propres éditorialistes et de nos habitués du café du Commerce. Chacun y va de son commentaire éclairé, condescendant en même temps que détaché, et pour cause : quand le battage médiatique sera terminé, que nos voisins auront un nouveau président de parti, peut-être de République, cela ne nous regardera à peine, nous refermerons la barrière et nous jugerons très bien chez nous. Le retour de l’ancien président français tombe à point nommé : les lecteurs n’allaient pas s’enthousiasmer ad aeternam pour les charges poussives contre François Hollande – cela commençait à lasser. Et nous voilà encore une fois bien au-delà de l’intérêt légitime que nous porterions à l’un de nos voisins, Italie ou Autriche; nous sommes en pleine fascination. La Suisse romande devient, le temps d’un soir, le temps d’un buzz, département français – et je brûle de rappeler qu’en 2011, 47% des suisses, pourtant si susceptibles, ne savaient pas le nom de leur propre présidente.

 

10.09.2014

Comme on pisse au bord de l'autoroute
Paru dans le Régional, le 10 septembre 2014

Dans le cauchemar de « l’écriture pour tous » qui prend forme sous nos yeux, la littérature n’est plus une vocation, un sacerdoce ou, pour parler plus démystifié, plus contemporain, un « engagement sur le long terme ». Ce n’est plus un art – avec ce que cela implique de recherche, de travail, de réflexion, de sérieux. Seulement le prolongement plus ou moins ludique, plus ou moins thérapeutique de nos existences idiotes, malades, le délassement d’un après-midi dans le jardin tandis que les mômes dorment. Chacun explore son moi, ses cavités intimes, ses frémissements imperceptibles, puis en tire quelques pages, les ordonne en chapitres, et c’est fait : nous voilà écrivain.

Pour le lecteur, tailler des tranches dans l’avalanche de romans qui ne laisse pas de le submerger chaque automne, faire œuvre de critique, s’essayer à l’analyse, n’est pas seulement difficile, c’est encore fortement déconseillé, tenu en suspicion : voilà qui risque de l’assigner dans la case des grognons, des aristos, des fascistes. « Ne critiquez pas, lui hurle-t-on, si ça ne vous intéresse pas, n’achetez pas, c’est tout ! » Et le lecteur, en effet, se tait et n’achète pas. Il se contente de passer son chemin. Il s’arrête au bistro, commande trois décis de blanc et songe qu’il n’a aucun besoin de ces milliers de romans écrits comme on pisse au bord de l’autoroute : avec le même naturel, la même décomplexion – et le coup d’œil que l’on jette aux autres automobilistes, qui signifie en somme : « Où est le mal, puisque tout le monde le fait ? ». L’art, comme le voulait Joseph Beuys, appartient désormais à tout le monde. Partant, il n’intéresse plus personne.

 

13.07.2014

Petit portrait du supporter socialiste
Paru dans Politeia, le 13 juillet 2014

Si pour une partie importante de la population – sportifs hébétés, vieillards séniles et bovins à croix blanche – la Coupe du Monde de football se réduit à une « compétition sympa » entrant dans la catégorie, encombrée en été, du divertissement et du spectacle, il n’en va pas de même pour une certaine frange d’individus dite « sensible », « consciente », « de gauche ». Plusieurs mois avant la compétition, ceux-ci ont dénoncé les conditions inacceptables dans lesquelles vivaient un grand nombre de brésiliens tandis que l’on bâtissait des stades immenses ; ils ont dénoncé la répression des grèves, des manifestations ; ils ont dénoncé les expropriations massives ; ils ont dénoncé, enfin, cette association monstrueuse et tentaculaire qu’est la FIFA ; ce fut des rafales de pétitions en ligne, des interventions outrées sur les radios, des cris de vierges sur les réseaux sociaux – et ces fameux events que l’on se fait tourner : « Je boycotte le Mondial ». L’intention y était, l’indignation. Pourtant, dès les premières mesures de l’hymne brésilien, de l’hymne croate, dès le premier coup de sifflet, les clameurs hostiles se sont tues, le fan de foot de gauche – comme les autres – a allumé sa télé, mis les pieds sur la table, attrapé une bière et roté à la gueule de sa famille, des joueurs – et de la population indigène qu’il prétendait soutenir.
Mais cette métamorphose – du militant à l’hébété – ne va pas sans réminiscences douloureuses. L’humaniste affalé doit ruser avec sa conscience qui proteste (parfois) ; se mystifier assez pour tenir deux fois quarante-cinq minutes, la mi-temps et une éventuelle séance de tirs au but ; finasser suffisamment avec son socialisme pour supporter les commentaires, les exégèses, en proposer soi-même, faire tourner la machine.

Une première ruse consiste à soutenir inconditionnellement les équipes provenant de pays pauvres. Ainsi, la colère anti-Fifa a-t-elle rapidement fait place à une impressionnante ferveur ghanéenne, nigérienne, hondurienne. Leurs joueurs sont apparus comme d’authentiques résistants face aux millionnaires survitaminés des équipes anglaises, allemandes ou françaises. Mais alors que ces équipes rentraient une à une au pays, il a fallu réajuster le tir, son astuce, se rabattre sur de nouveaux critères : soutenir les nations en fonction de leur situation géographique, avec une prédilection marquée pour le sud. Cela n’est pas nouveau : lors du Mondial de 2010, nos insurgés fêtaient goulûment la victoire espagnole comme « une promesse d’espoir pour les populations frappées par la précarité » (l’Espagne jouit, dans les milieux de gauche, d’une réputation de pays « progressiste », enclin à l’utopie et aux rêves socialistes – que n’ont pas entamé trente-quatre ans de franquisme).
Autre astuce : approcher la compétition non pas sous l’angle de la nation – et, par conséquent, du nationalisme – mais de la beauté du spectacle, de la technicité ou de l’engagement des joueurs – qui deviennent ainsi des « artistes », des « virtuoses », des « magiciens ». Ce que l’on admire, ce n’est plus l’étendard, mais la performance. « Le sport, nous sommes là pour le sport ! ». Ainsi s’applique-t-on à regarder, aux petites heures, les rediffusions des matchs Grèce-Côte d’Ivoire, Bosnie-Iran, s’efforçant de trouver à ces joueurs, sinon du talent, du moins du « fair-play », de la « ferveur collective » et autres valeurs éminemment humanistes – redressant ainsi tant bien que mal l’idéal démocratique foulé aux pieds par les flics brésiliens.
Il est bien vu de dénoncer bruyamment les injustices subies sur le terrain (partialité des arbitres, violence verbale, tacle douteux, cannibalisme), plaindre les joueurs suspendus, blessés, leurs familles, la détresse des supporters, les larmes de crocodile qui ruissellent sur la bouille d’un enfant. Ces apitoiements ont le mérite de nous faire oublier les injustices qui ont cours autour, en dehors du terrain. Ils nous donnent l’impression que l’on s’élève, s’insurge, que l’on fait quelque chose. Bien sûr, à l’extérieur, tout continue – mais, écrans géants aidant, on en vient à oublier que cet extérieur existe, qu’une certaine violence y a précédé celle que l’on a constaté au stade (de même, dans un train de nuit, le voyageur qui se lève pour aller aux toilettes a l’impression de se mettre en mouvement, sans se rendre compte qu’il était déjà en mouvement).
Pour les supporters socialistes suisses, la référence politique est constante. L’équipe nationale étant constituée d’un nombre importants de joueurs issus de l’immigration, il est devenu possible (quelle aubaine !) d’y voir non plus une bande de dégénérés surpayés se ruant au cœur d’un pays secoué par la contestation sociale, mais une sympathique bande de scouts œuvrant pour le multiculturalisme et l’amitié entre les peuples. Vingt-cinq secondes après le premier but de la Nati, un célèbre conseiller national remettait en question la fameuse initiative « Contre l’immigration de masse », alors même que le rapport entre les deux évènements était plutôt lointain (la Macédoine, la Turquie, le Kosovo, la Côte d’Ivoire n’appartiennent pas à l’Union Européenne et ne sont pas concernés par le texte de l’UDC). Cette obsession de l’identité, de la nationalité, de l’origine, qui en d’autres temps serait jugée suspecte, malsaine, paraît aller de soi en période de Coupe du Monde – agissant comme un baume sur la conscience de nos braves supporters.

Aujourd’hui, la compétition prend fin. Chacun va pouvoir retourner à ses casseroles, sa lessive, à son militantisme. Ça va fuser ! Ce sera une débauche de banderoles, de flyers, de pancartes. Manifestants, indignés, pétitionnaires se bousculeront. Prendront d’assaut les rues ! Les parcs ! On s’époumonera sur les boulevards, lancera pavés et confettis, ce sera la grande liesse ! Le grand retour : Pink Floyd au Live 8 ! Irak ! Palestine ! Caisse unique ! Pas le Brésil, non, marre du Brésil ! Chier, le Brésil ! Passons à autre chose ! Autres peuples, autre malheurs. Gaza, allons à Gaza. Et prions pour que Sepp Blatter n’y jette pas son dévolu pour l’édition 2018.

 

05.07.2014

La Coupe Immonde du Valais a commencé
Paru dans le Régional, le 5 juillet 2014

Probable clin d’œil à la Coupe du Monde de football, deux équipes d’idiots sont sur le point de s’affronter en terrain valaisan. Une sélection de fonctionnaires, soutenue par les jeunesses socialistes et libérales-radicales, visiblement galvanisée par le succès des initiatives islamophobes de l’UDC, invoque à son tour la sacro-sainte laïcité pour tirer à boulets rouges contre l’Eglise catholique, laissant entendre qu’est menacée la liberté pour chacun de pratiquer le culte de son choix, de n’en pratiquer aucun – et même de les détester tous. Lorsque l’on passe sur les jolis discours (en langage épicène, s’il vous plaît !), on comprend que l’unique aspect de la laïcité qui intéressent vraiment les tenants de cette initiative est aussi le plus mercantile, le plus tristement matériel : celui qui a trait au financement des lieux de culte, à leur entretient, c’est-à-dire à l’impôt – et on ne s’étonne plus que les libéraux leur emboîtent le pas. De l’autre côté du terrain se tiennent – rougeauds, écumants – les bretteurs-broutards de l’UDC qui, furieux de se voir emprunter leur « truc », dénoncent « les talibans de la laïcité qui fera le lit de l’islamisme » (faisant sans doute référence à la paisible poignée de musulmans dispersée sur le territoire valaisan). Il est difficile de ne pas plaindre mes compatriotes valaisans qui auront à se coltiner avec tant de bêtise, d’hystérie, de mauvaise foi, de bassesse. Ceux qui veulent suivre le développement de ce débat à la con peuvent se rendre sur : www.valais-laic.com Les autres continueront à prier ou à ne pas le faire, à lire la Bible, le Coran, et ils laisseront les aboiements aux enragés. 

 

18.06.2014

Pierre Yves Lador : le crime parfait
Paru dans le Nouvelliste, le 18 juin 2014

Je préfère le pistolet-mitrailleur à l’encensoir. Mais il m’arrive de rengainer, d’entrer dans une chapelle, de plier un genoux.
Hier soir, alors que la conjugaison d’un jeûne prolongé et des Gnossiennes de Satie (par Reinbert de Leeuw, qui les joue si lentement qu’il semble mourir un peu plus à chaque fois) me faisait approcher d’un état de transe, j’ai attrapé le dernier Lador, Confession d’un repenti – et je ne l’ai lâché que très tard dans la nuit. J’avais faim, lisais debout, en marchant, et l’auteur me confessait son crime : un violent besoin de sucre, l’impérieuse fantaisie d’engloutir mille millefeuilles, éclairs, diplomates, japonais – et bouffer le monde, l’étreindre, le baiser par ses trous et dédales. Avidité ! Brutalité ! Orgrerie ! Voilà, me suis-je dit, un contrepoint glouton aux « suppléments gastro » de l’Illustré, aux théories de cafés du commerce bios, aux névroses et avatars qui se développent d’un bout à l’autre de la chaîne alimentaire (depuis les suicides oubliés des paysans indiens et vaudois jusqu’à la consommatrice flageolante, pétée de graisse et mûre pour l’asile). Profus, jamais gratuit, le poète scande sa propre orgie de réflexions vertigineuses, coups de boutoirs de la raison impure : « Pour moi, maintenant c’est le sucré le mal, pas le sucre, le goût du sucre, l’édulcoration permanente, le sirupeux social et médiatique relevé hélas par l’exhibition des crimes et catastrophes qui entraînent une effusion supplémentaire de larmes sirupeuses, les larmes ne sont plus amères, ni salées aujourd’hui, elles sont sucrées. » ou « Tout est substituts de quelque chose dans une société qui n’est que représentation, comme on condamne plus les images que les choses, les mots que les actes. […] C’est formidable de s’accrocher à des représentations, c’est le fondement du mensonge et de la civilisation. » ou ce petit camée : «Il y a deux sortes d’exil, soit on quitte son pays soit son pays vous laisse ».

Quant à moi, je me réjouis d’engloutir les cinquante dernières pages laissées au placard, en provision, en prévision du manque. Et Satie. De Leeuw. Gloire au jeûne ! Gloire au vieux ! Lador vient de commettre le crime parfait.

Pierre Yves Lador, Confession d’un repenti, Olivier Morattel Editeur, 232 pages.

 

04.06.2014

Paulo Coelho face au  « régional-socialisme »
Paru dans le Nouvelliste, le 4 juin 2014

« Qu’un auteur aussi nul que Paulo Coelho ait provoqué un début de scandale, cela tient du miracle ! » s’exclamait l’autre jour l’un de mes contacts Facebook, faisant allusion à la micro-polémique déclenchée par la sortie du dernier livre de l’écrivain (citoyen genevois depuis bientôt dix ans, il a l’audace de donner son avis sur la Cité de Calvin). Surpris de la réaction outrée des médias, des notables et des citoyens, mon ami méconnaît la réalité du terrain helvétique. Si le nationalisme y est volontiers décrié – la tendance serait même plutôt, dans les milieu « cultivés », à la flagellation – le chauvinisme ne connaît plus de borne lorsqu’il s’agit d’encenser sa ville ou sa région.
Après tout, une ville et une région, c’est commode : ça n’a ni armée, ni frontière strict, ça n’interdit à personne de s’y installer et ça n’a pas, de mémoire récente, fait couler trop de sang. À gauche, le régionalisme est vécue de manière libératoire. Allergiques – par tradition plus que par conviction – aux démonstrations patriotiques, on passe ses pulsions cocardières dans les cortèges du Bicentenaire, les carnavals valaisans, les fêtes de l’Indépendance, les rencontres sportives.
Cette tendance produit des anathèmes à la sauvette, des petits cris de vierge folle, lorsqu’un critique – pour le coup, pas acéré du tout  – se permet un modeste crachat, non sur la Suisse, mais sur tel ou tel partie de notre territoire. Bien entendu, toujours parce l’on est de gauche – et donc ouvert, tolérant – on ne dénie pas à un observateur étranger le droit de donner son avis. On se contente de pointer son incurie, sa prétendue mauvaise foi. On aime la critique ! Ça oui ! Mais pas celle-là, autrement, par quelqu’un d’autre, renseignez-vous ! Ce n’est pas la franche levée de bouclier, c’est l’attaque en biais. C’est le déni de parole light.
Pauvre Paolo, qui s’attendait sans doute à quelques grincements de dents de la part des milieux conservateurs, des enragés du drapeau, des chantres patentés de la patrie. Oh, ceux-ci grincent bien des dents, n’allez pas vous y tromper ! Mais ils sont massivement rejoints par le chœur doucereux des bonnes âmes progressistes, affranchies, par les bottes molles des régionaux-socialistes.

 

09.05.2014

Gripen, Marche blanche : quand le Bien bombe le torse
Paru dans le Nouvelliste, le 9 mai 2014

Il y a encore quelques semaines, j’avais deux avis tranchés. D’abord, l’initiative de la Marche blanche dite « pour que les pédophiles ne travaillent plus avec les enfants » me semblait une évidence – et ce malgré les arguties juridico-philosophiques déployées par ses opposants. De même, l’achat de 22 avions de combat Gripen me paraissait relever davantage de la boutade que de la politique de défense. Aujourd’hui, propagande outrancière aidant, mon jugement n’est pas loin de vaciller.
D’une part, les chiens enragés de la Marche Blanche ont ressorti leur fameux nounours, rapiécé, mité, peut-être amidonné de foutre – et, avec celui-ci, le sacro-saint étendard de l’enfance volée. Drapés dans le Bien, menés par une Jeanne d’Arc hystérique, ils vocifèrent, anathèmisent, calomnient. Leurs opposants sont voués aux gémonies. La meute leur flaire des tendances louches, des haines de l’enfance, des touches-pipi de place de jeux. Vicieux ! Pédophiles ! Croque-mitaines ! crie-t-on à ceux qui seraient entrés dans le débat par la mauvaise porte, qui auraient le vice d’en appeler à leur liberté de conscience.
Quant à nos bonnes âmes pacifistes, largement soutenues par la presse, elles s’adonnent à un tir de barrage anti-Gripen d’une virulence inconcevable en regard de la futilité de l’objet soumis au vote. Chaque jour voit naître son lot de sondages malveillants, de slogans racoleurs et de poux extirpés tant bien que mal du crâne peu garni d’Ueli Maurer. Les réseaux sociaux, quant à eux, sont saturés de remarques acerbes, assassines, en direction des outrecuidants qui auraient le mauvais goût de juger plausible que dans un contexte politique mondial instable, la Suisse cherche à moderniser son armée.
Alors, me demandé-je, vais-je tenir mes positions ? Accepter l’initiative de la Marche blanche, rejeter le Gripen ? Eh bien oui, vraisemblablement. En Suisse, voter en conscience signifie avant tout être capable de s’accrocher à une idée –  suffisamment fort pour que les cons qui la défendent aussi ne parviennent pas à vous en détourner. Il faut serrer les dents. Se répéter que l’on vote pour une idée, pas pour un homme. Mais mon Dieu ! Quand on a dans son camp un activiste du GSsA ou une Christine Bussat échevelée, ça n’a rien de facile !

 

25.04.2014

Autour des matchs sanglants que se disputent armées régulières, milices, partis, sectes et groupuscules, les gradins de la bonne conscience sont encombrés de supporters tout aussi fanatiques. Sous nos latitudes, ils sont journalistes, hommes politiques, intellectuels, peoples en vue. Se présentant parfois comme les héritiers de « l’Esprit 68 », ils applaudissent furieusement à tout ce qui – de près ou de loin – ressemble à un frémissement, à une révolte. Que celle-ci se produise au Moyen-Orient, en Europe de l’Est ou en Amérique du Sud, que les gouvernements et les insurgés diffèrent, que les revendications soient parfois diamétralement opposées, peu leur chaut ! Dans la calebasse enfumée de ces laudateurs pros, les poseurs de barricades expriment forcément les « aspirations légitimes du peuple ». Développer une analyse fine, considérer une situation dans sa complexité, se documenter ou, plus simplement, admettre son incompétence en la matière, cela répugne à nos hurleurs de bonne parole. Ils préfèrent la frénésie, la tonitruance, le tapage. Ainsi s’enthousiasment-ils indifféremment pour les émeutes au Venezuela, le renversement de Ianoukovytch, la mort du colonel Kadhafi ou la fronde des étudiants québécois. Leur conception est simple : le monde est un vaste terrain de jeu, de sport, où la même équipe (rebelles v.s. pandores)  s’affronte match après match, en changeant de maillot. Ils ont pris parti, définitivement. Ils n’en changeront plus.
On a donné plusieurs explications à cet entêtement. La bêtise et la malhonnêteté y sont pour quelque chose. Mais cela ne suffit pas. Pour ma part, je considère qu’ils ont applaudi une fois, disons : une fois de trop. On les a désigné comme les applaudisseurs – cela leur a peut-être valu un salaire, des articles élogieux, de la considération – alors ils ont applaudi encore… et ils continueront ! Le masque leur colle. Un personnage de Ferdydurke (Gombrowicz), pour avoir commis un livre dans le genre héroïque, ne peut plus qu’écrire « héroïquement ». Eux aussi, sous peine de se renier, sont forcés d’acquiescer davantage, de s’enfoncer dans la clameur. Ils ne peuvent reculer sans perdre quelque chose d’eux-mêmes. Les mains leur battent toutes seules.
Et il arrive qu’elles tuent.

 

12.04.2014

Les  promesses des marchands de bonbons
Paru dans le Nouvelliste, le 12 avril 2014

Les Indignés ont beau jeu d’hurler mort aux banques, aux exploiteurs, aux patrons – sur les places financières ou devant les consulats américains. Face au désarroi ambiant, à l’ennui, à la mélancolie, ces honnêtes pourfendeurs se ruent vers le Dollar et ses représentants. Mais ce n’est pas assez. Le vol ne crée pas la déception. Leur tristesse, leur révolte, ne vient pas de la faim. Il vient d’une promesse qui n’a pas été tenue. Ils cherchaient le bonheur, disaient : « nous voulons être heureux ». Et les politiciens, les artistes, les marchands, tous ceux qui voulaient être bien vus, aimés, chéris, se sont mis à promettre sauvagement le bonheur que c’en était irrespirable, trop gros, gonflé à ne pouvoir pas croire. Eh bien, ils y ont cru ! Et ils y croyons encore si fort qu’une secousse leur vire au tremblement, ils basculent, se rendent compte qu’ils sont encore très loin du paradis qu’on leur avait vanté – qu’on leur avait promis.
J’invite donc les Indignés à délaisser les banques, fissa, et à se rassembler pour la super-bataille, le grand Verdun, pour le boycott des revendeurs d’ersatz, des marchands de bonbons. Malmenez les publicitaires, les artistes de variété, les éditeurs de revues culinaires, les politiciens « tournés vers l’avenir », les assureurs qui vous sourient, les poilus qui vous font des free hugs, les hippies, les modistes, ceux qui croient au drapeau, ceux qui s’emballent pour le progrès, la voisine qui vous intime de développer des « pensées positives », les gourmands, les souriants, les pâtissiers, les amateurs de drogue douce et de barbes à papa qui vous invitent à vous détendre, à savourer, à jouir, à aimer, les couseurs de cagoule, les revendeurs de masque et de « farces et attrapes » - houspillez sans merci tous ceux qui vous promettent le bonheur ici et maintenant, qui vous disent que c’est pas loin, que ça dépend de vous, que c’est question d’efforts et de « disposition » d’esprit. Ne faites pas de quartier. Souvenez-vous que toutes vos larmes sont de leur faute. Qu’alliés aux financiers, ils ont promis un pain qui vous était volé d’avance. Qu’ils se sont foutus de vos gueules, par malice, lucre ou paresse, qu’ils vous ont mis la tête au fond du puits – et que nous sommes désespérés.

 

29.03.2014

Guignol’s Band : une nuit avec le conseil municipal genevois
Paru dans le Nouvelliste, le 29 mars 2014

Baudelaire tenait l’ennui pour le pire des maux. Nos élus aussi. Pour y résister, lors des meetings politiques, ils recourent à de petites astuces. Au conseil municipal de Lausanne, ils piquent volontiers un somme. En Valais, les députés votent sur des objets absurdes (cf. ma chronique du 15 mars). Tandis qu’à Neuchâtel, monter en chaire ivre-mort permet de ne pas crouler sous le poids de son propre discours.
Mais la palme du divertissement revient au conseil municipal de Genève. Là, les élus montent un véritable spectacle. Chaque rôle, chaque effet, et jusqu’au moindre détail sont mûrement réfléchis, tandis que l’ordre est strictement établi : d’abord, le Parti Socialiste brandit des pancartes, des banderoles, lâche des ballons ou tire des confettis en rafale (leur action, tout comme leur politique, se résume de plus en plus souvent à une leçon de bricolage). Cela marque l’ouverture de la fête. Puis la partie adverse réplique par des insultes qui, s’aboutant, prennent la forme d’une diatribe – dirigée contre l’un ou l’autre des élus de gauche. Alors un troisième acte s’ouvre sur des remous, des clameurs, des sifflets, des hurlements. On s’empoigne, se collette, s’estourbit. Les uns sont acclamés à la romaine, tandis que d’autres sont brutalement pris à partis, renversés, assommés – ils titubent, hors champ, quittent le ring, se renversent.
Cela dure jusqu’à l’arrivée du Père Fouettard. (En effet, les forains genevois se sont offerts, pour la dernière partie, un clown tarifé à la réputation bien établie, sorte de Ted Robert du cru : l’inénarrable Denis Menoud. Idéologiquement proche du MCG, dont il partage les méthodes, celui-ci assure sa fonction de croque-mitaine avec un zèle désarmant. Ainsi, mardi dernier, avant même que la séance ne commence, il se jetait – fou de rage – sur un journaliste de l’AGEFI ; il y a quelques mois, il qualifiait de « traîtres à la patrie » les forains binationaux ; quand il n’accusait pas la moitié du conseil municipal de faire l’apologie de la pédophilie). Celui-ci se charge de clôturer le show : grimaces, ventriloquisme, injures racistes. Il disparaît dans un nuage de fumée tandis que les élus genevois se lèvent, trinquent, se séparent – rassasiées, heureux, mieux : désennuyés.

 

26.03.2014

Des souris et des hommes, beaucoup d’hommes
Paru dans Le Régional, le 26 mars 2014

Les médias nous l’annoncent : le Comptoir Suisse, Habitat et Jardin et le Salon de l’auto enregistrent une baisse de fréquentation. D’une manière générale, les grandes foires intéressent moins les suisses. Cela devrait, normalement, faire poindre en moi une nuance d’estime pour mes concitoyens. Mais non ! Qu’il ait fallu attendre 2014 pour que les suisses refusent – enfin, et timidement ! – de se cogner des bouchons, une file à l’entrée, l’acquittement d’un billet, l’étranglement des foules, dans le but de se faire vendre une laveuse-sécheuse, un four à gaz, des chaises de jardin ou de baver devant la dernière Audi TT, voilà qui n’incline pas à l’admiration.
Prenons le Salon de l’auto. Non que j’aie une dent particulièrement aiguisée contre les jantes brillantes, les voitures écolos ou les greluches montrant leur cul sur le capot d’une Mercedes – loin de là ! – mais j’avoue ne pas comprendre la frénésie de mes contemporains lorsque ceux-ci se ruent vers cette messe ménagère. Ne devraient-il pas, et depuis longtemps, s’être désintéressés d’une manifestation où – après s’être fait tondre à l’entrée – on ne leur propose, en définitive, que de pouvoir approcher des voitures qu’ils n’auront jamais les moyens de s’offrir, de sourire timidement à des hôtesses qu’ils ne pourront jamais séduire (certaines féministes se récrient, dénoncent la sempiternelle objectivation de la femme, mais c’est qu’aussi elles ne se sont pas déplacées à Palexpo… Là, elles auraient été prise de pitiés pour ces gros types plutôt inoffensifs, gentiment idiots, à qui une femme ne sourit qu’une fois l’an), avant de rentrer chez eux, très vaguement ébaubis, amers du paradis qu’ils n’ont qu’entrevu – et dont ils sont chassés jusqu’à l’année suivante. 

 

15.03.2014

L’attentat d’Eric Jacquod contre le Grand Conseil
Paru dans le Nouvelliste, le 15 mars 2014

Mercredi dernier, un attentat fut perpétré contre le Grand Conseil valaisan : le député UDC Eric Jacquod eut l’outrecuidance d’une proposition originale. « Il faut, dit-il, prendre vivant les loups qui sévissent dans les contrées valaisannes et les relâcher au cœur des grandes villes suisses (là où se trouvent leurs défenseurs traditionnels) ». Stupeur, tonnerre, effondrements ! À l’entendre, les députés blêmirent… Hoquetèrent. Serrèrent les fesses. Comment ? Faire exploser une charge de rire au cœur même du Grand Conseil ? Tourner en bourrique la très vénérable démocratie suisse (que d’aucuns présentent comme la première du monde)? Plaisanter le citadin et son idéalisation du paysan (mi-ange, mi-bête), son engouement brutal pour la médecine douce et son exigence de produits « locaux » ? Aller jusqu’à moquer ses goûts en matière de littérature (tout comme le citadin gourmand s’enthousiasme pour une botte de radis bio, le citadin lecteur connaît des transes indescriptibles lorsqu’il se trouve plongé dans un texte faisant la part belle au terroir, avec son assortiment caractéristique de « terre meuble et odorante», de « paysans taiseux », de « grands-mères noueuses » et de « bons pères tannés ») ? C’en était trop pour le député Christophe Clivaz qui se mit aussitôt – cocardier – à larmoyer sur la sacro-sainte réputation du canton du Valais ; trop pour un élu du Parti Démocrate Chrétien (mais qu’est-ce qui n’est pas trop excessif pour un élu du Parti Démocrate Chrétien ?) ; trop enfin pour Olivier Turin, de l’AdG (Affaissement de la Gauche), qui somme le plaisantin de s’excuser.
Quant à moi, je ne suis jamais aussi sérieux que lorsque je rigole. Et j’abhorre cette tourbe de pince-sans-rire, de fronceurs, d’apôtres du « on peut pas dire ça ! ». J’aimerais parfois dénouer leur cravate, leur glavioter sur le paletot, une gifle ! Hop ! Petite ! Les lunettes ! Tenez ! Un verre ! Santé ! Et riez, bon Dieu. Pétez un coup ! Aujourd’hui un député est drôle, ce n’est quand même pas tous les jours ! À l’UDC en plus ! Pensez ! Qui sait si demain un  Grégory Logean ne va pas proposer, avec un sérieux désarmant, d’en faire autant avec les noirs et les pédés ? Hein ? Alors ? En politique on ne rigole jamais longtemps : il faut en profiter.

 

01.03.2014

L’art, les manières et les politiciens bas de gamme
Paru dans le Nouvelliste, le 1er mars 2014

Certains de mes textes, dans ce journal ou ailleurs, ont provoqué des réactions pour le moins courroucées chez certains membres de la classe politique. Si mes interlocuteurs me reconnaissent le droit de m’exprimer sur l’actualité – après tout, je suis un citoyen – ils me dénient, en revanche, celui de le faire dans une langue qui m’est propre – celle-ci étant jugée trop audacieuse, trop lyrique, incompatible avec ce que l’on nomme le « débat d’idées ». En d’autres termes, on me somme de rendre mon tablier. Je n’en ai pas l’intention. Pire : je pense que je cela serait une faute, un attentat contre l’honneur et contre l’honnêteté.
En effet, il est bon – contrairement à ce que soutient une poignée de politiciens bas de gamme – que l’écrivain se tienne à une saine distance des structures du pouvoir, qu’il n’en ait pas le ton, les manières. Dans cette distance, précisément, réside sa pertinence. Là, sa parole peut résonner – sans connaître les tristes assourdissements de la codification mondaine, de la ritualisation démocratique. C’est parce qu’il est libre que l’écrivain a de la valeur – et sa liberté consiste dans le refus de l’institution, du parti, du clocher. Il est possible qu’il passe pour hystérique, provocateur, qu’on l’accuse du délit – particulièrement grave en Suisse Romande – de « caricature ». Tant pis ! Ne serait-il pas plus fou encore d’adopter une langue étrangère en espérant que celle-ci traduise sa pensée ? Cela ne serait-il pas simplement déshonnête ? Mais il est encore question d’honneur : lorsque je reçois une convocation de la Protection Civile, ou une lettre des impôts, y constaté-je que l’on a consenti, eut égard à mon statut d’écrivain, des efforts de style ? S’est-on départi, pour moi, du ton bureaucratique que l’on emploie pour tous les citoyens ? L’institution lyrisise-t-elle? Me fait-elle l’honneur de quelques glissements non canoniques ? Clive-t-elle quelques phrases ? Anacoluthe-t-elle un peu ? Du tout ! Et elle a bien raison ! Que dirait-on d’une administration qui change de ton au fil des citoyens, selon qu’ils soient riches, pauvres, hommes, femmes ? Cela serait proprement inacceptable ! Il n’en va pas autrement de l’écrivain.
Conclusion : nous n’avalerons pas notre langue.

 

15.02.2014

(dé)constructions médiatiques de François Hollande
Paru dans le Nouvelliste, le 15 février 2014

Les médias interrogent (trop) rarement leurs propres constructions. S’ils mettent parfois en cause tel élément de détail, ne rechignent pas à corriger une dépêche trop promptement acheminée ou font mine de questionner leur pratique (dans les termes les plus généraux), l’image qu’ils élaborent puis déclinent à volonté prend, quant à elle, la consistance du béton. C’est sur elle qu’ils élèvent ce qu’ils appellent ensuite leurs analyses, leurs reportages, leurs décryptages, leurs coups de cœur ou de gueule.
Ainsi du président français, que les bâtisseurs de la presse francophone (pour ne pas dire européenne) ont à l’unanimité – dès le lendemain de son élection – élevés au rang de bouffon maladroit, d’incorrigible idiot. À regarder les images qui s’étalent dans les journaux, force est de constater que François Hollande ne porte jamais sa cravate droite, ferme rarement la bouche et ne cesse de loucher – au point qu’il est incapable de saisir le 80% pour-cent des mains qu’on lui donne à serrer.
De l’autre côté de l’Atlantique, en revanche, les pratiques architecturales sont tout autres. Dès les premières velléités guerrières du président français, c’en a été une révolution, avec cénacles et manifestes ! Exit les lunettes de travers, les étouffements, les casques de scooter. En une du Times, dans le New York Tribunes, d’Est en Ouest, c’est un François Hollande sérieux que l’on nous présente, préoccupé, bienveillant – et d’une dignité quasi caricaturale. Souvent de trois quart, parfois en noir et blanc, le président français n’a plus rien du Bérurier gaffeur dont notre presse se gausse. Les analystes, comme en Europe, emboîtent le pas aux photographes : et le président est loué pour sa finesse, son tact, sa retenue, sa modestie.
Récemment, un éditorialiste suisse – visiblement inspiré ! – tirait des conclusions quasi métaphysiques de l’inclinaison de la visière du casque de François Hollande sortant de chez sa maîtresse. C’est dire l’importance de l’image et de sa construction. Oublié la politique ! Les réformes ! Les projets de loi ! Les manifs pour et contre ! Pourquoi nous pencherions-nous sur de telles bagatelles quand nos propres fantasmes ont tant à nous apprendre ?

 

01.02.2014

Théophile Gautier et le vertige de la pantoufle
Paru dans le Nouvelliste, le 1er février 2014

Théophile Gautier est né à Tarbes le 30 août 1811. Enfant précoce, condisciple de Nerval, il se fait remarquer pour la première fois lors de la première d’Hernani. Vêtu d’un gilet couleur sang de bœuf qui attire les regards de la salle tout entière, ses époumonnements sont à la mesure de son enthousiasme pour le romantisme naissant. Ses premières œuvres, peu remarquées par le public mais écrites d’une plume de maître, lui assurent une réputation de première ordre dans un cénacle composé de Victor Hugo, Gérard de Nerval, mais aussi Camille Rogier, Arsène Houssaye et Maxime Du Camp. L’heure est à la bohème, aux enthousiasmes, aux excès de toute sorte. La préface à Mademoiselle de Maupin est peut-être, en cette première moitié de siècle, la gifle la plus cinglante qu’aient reçu les bourgeois, les utilitaristes et les popes du progrès. Puis Gautier s’est fait critique. Il s’est établi dans plusieurs journaux. – Et il s’y est éteint. Son entrée au quotidien officiel de l’Empire, le Monitoire, marque le début de sa déchéance. Sans doute, l’auteur du Capitaine Fracasse ne pouvait prédire que « monitoire », moins d’un siècle plus tard, désignerait un appareil servant d’alarme en cas d’attaque cardiaque, mais c’est bien le cœur qui a alors commencé à lui manquer. Pris dans l’engrenage de la famille, du grand train qu’il entendait mener, des visites officielles et des recourbements d’échine à la faveur du pouvoir impérial, il ne donne encore que les Emaux et Camées, quelques œuvres dispensables et des feuilletons séniles. La bourgeoisie l’absorbe, l’empantoufle, disloque sa rage et son talent. Lorsqu’un jeune poète juif amateur de partouzes commence à fréquenter sa fille, l’empâté se récrie. Quoi ! Il boit ! Il baise. Le Juif ! Au feu. « Il a tué mon Dieu, il n’aura pas ma fille ». Seul le siège de Paris parvient à lui redonner une consistance, de la rage, de la fougue. Mais cela ne durera pas. Il meurt d’un infarctus en 1872, laissant l’impression d’avoir démérité, de s’être renié, de n’avoir pas su se rendre digne du « magicien es lettres françaises » que ses amis voyaient en lui. Quoi de plus triste, que l’image de cette vie qui se nie, qui se résout dans un effondrement ?
Cela, pourtant, se constate tous les jours. Regardez autour de vous.

 

29.01.2014

Autour de Vol spécial de Fernand Melgar

Que l’on pardonne au nonchalant ! Ce n’est que trois ans après sa sortie que je découvre Vol spécial, le documentaire de Fernand Melgar. Trois ans après aussi que je me plonge dans les critiques suscitées par ce film.
Parmi celles-ci, une première tendance accuse le réalisateur d’avoir angélisé les détenus. Il est vrai : ceux que Melgar nous montre sont absolument pacifiques, respectueux – et, disons-le, attachants : le soir, ils se retrouvent dans leur chambre pour discuter de l’importance de la notion de dignité humaine, à moins qu’ils ne fassent de la musique ou ne lisent le dernier livre d’un prix Nobel de la paix. Une deuxième tendance reproche à Melgar d’avoir donné trop d’importance aux sentiments des gardiens. Ces derniers, dans l’ensemble, apparaissent concernés par le sort de chacun des détenus, ils connaissent leur nom, leur histoire, plaisantent avec eux, ne reculent jamais devant un encouragement ou une tape amicale. Pour les tenants de la première tendance, le réalisateur escamote la réalité, puisqu’il se refuse à montrer d’autres détenus plus « durs », plus « récalcitrants ». Pour les autres, il se concentre trop sur l’élément humain de la prison, au détriment de facteurs structurels et institutionnel – en d’autres termes : il dilue la réalité avec des larmes et des frissons.
Ce qui échappe à ces deux familles de critique, c’est la dimension kafkaïenne du documentaire de Melgar. Comment, en voyant telle ou telle scène de discussion amicale entre gardien et détenu, ne pas penser au début du Procès, lorsque deux inspecteurs se présentent chez K. ? « La procédure est engagée, vous apprendrez tout au moment voulu. Je dépasse ma mission en vous parlant si gentiment. Mais j’espère que personne ne m’a entendu en dehors de Franz qui vous traite lui-même sur un pied d’amitié contraire à tous les règlements. Si vous continuez à avoir par la suite autant de chance qu’avec vos gardiens, vous pouvez avoir bon espoir. » Ce « pied d’égalité contraire à tous les règlements », c’est l’élément humain qui force le cadre fonctionnel de la machine-institution ; c’est ce surplus qui flue, reflue et déborde les grillages froids, les murs gris, les portes closes, les barbelés ; c’est aussi l’imprévu, le non-écrit, l’incontrôlé. Mais c’est surtout l’illustration de ce qu’il y a de proprement absurde dans le fonctionnement de cette prison : à la fois le désir et l’impossibilité de la rencontre.
Si dans une prison standard les rôles sont maintenus sans ambigüité par le recours immédiat et viscéral à la morale (« ils ont violé, ils ont tué, nous ne sommes pas les mêmes »), à Frambois, et dans les institutions semblables, les rôles ont tendance à se brouiller. Leur maintient ne procède plus de la morale, mais d’un carcan légal et institutionnel – c’est-à-dire : de quelque chose d’extérieur, de non-vécu. Les gardiens, à l’instar des inspecteurs du Procès, sont forcés de recourir régulièrement à des formules puisées à la source de la bureaucratie, telles que « c’est con, mais c’est comme ça », « ça ne dépend pas de nous », « la loi c’est la loi », incapables de tenir leur rôle sérieusement – c’est-à-dire : avec la persuasion du ventre. Au pire, au plus haut de leur colère (contre qui ? les détenus ? la prison ? contre eux-mêmes ?), peuvent-ils dire, comme les inspecteurs du Procès: « On dirait que vous ne cherchez qu’à nous irriter inutilement, nous qui, pourtant, sommes sans doute en ce moment les gens qui vous veulent le plus de bien. » Mais ils ne parviennent pas à les assigner loin d’eux, à les bouter hors de leur sphère propre. Et pour cause : ces détenus, tout bronzés et sans-papier qu’ils sont, leur ressemblent furieusement. Pour un peu, ce serait même des amis ou des connaissances que l’on croise avec plaisir.
Melgar ne se contente pas de filmer les murs et les barbelés, c'est-à-dire les barrières extérieures. Il montre les barrières intérieures, les barbelés plus subtiles qui opèrent au sein même de la prison, entre les deux catégories de protagonistes qui y cohabitent – et qui tendent, précisément, à nier cette catégorisation.  Bien sûr, il aurait pu faire plus dur, plus violent, plus insupportable. Mais, ce faisant, il serait passé à côté de la réalité essentielle de la prison de Frambois. Trois ans plus tard, et toujours le rouge aux joues pour ma « longueur à la détente », je salue enfin le réalisateur !

 

23.01.2014

Haro sur le bon gendre de la gauche genevoise
Paru dans le Nouvelliste, le 23 janvier 2014

M. Antonio Hodgers est le gendre idéal. Il est aussi bien tourné de corps que d’esprit, jeune, éloquent, ambitieux. Que demander de plus ? Si j’avais une fille et qu’elle eût mon âge, mon rêve serait qu’elle soit pour lui.  En tant qu’homme, M. Hodgers est parfait. Vraiment ! Je ne trouve rien à redire. Mais c’est politiquement, que le bât blesse.
Le problème du logement gagne toutes les régions de Suisse romande. À Genève et à Lausanne, on parle – à juste titre et depuis longtemps – de « pénurie », et même de « crise ». Dans ce climat particulièrement tendu s’est formé un groupe de citoyens genevois dont l’action a pour but de suppléer à l’indolence de la classe politique en matière de logement. Il s’agit, tout simplement, de reporter sur Facebook les appartements dont la vacance semble suspecte, avant de transmettre ces informations aux autorités compétentes. Si l’aspect « délation » de cette opération m’a d’abord fait tiquer, il s’est ensuite imposé à moi que l’urgence de la situation le justifiait – tout de même, après quelques semaines seulement, ce n’est pas moins de 114 logements qui ont été signalé (Le Matin Dimanche du 12.01.2014) !
Mais mon enthousiasme n’est visiblement pas partagé par M. Antonio Hodgers qui allègue le risque d’éventuels abus, d’éventuelles dérives de la part des dénonciateurs. Et s’ils souhaitaient en découdre ? S’ils menaçaient ? Empoisonnaient ? Incendiaient ? Pire : squattaient ? Il est possible d’articuler d’affolants scénarios, et il est à parier que l’on ne s’en prive pas. Pourtant, le collectif s’est contenté de relever des adresses et de les transmettre à l’Etat. Mais cette donnée rassurante ne l’empêche pas de s’opposer à leur entreprise – tout en affirmant « comprendre leur préoccupation », naturellement – et, plus étonnant encore : de faire voix commune avec le président de la Chambre genevoise immobilière, député libéral-radical.
Il est possible que pour M. Hodgers, le problème du logement soit secondaire, négligeable. Il est possible qu’il ait honte d’admettre que son département est inefficace. À moins que l’alliance avec la Chambre genevoise immobilière relève de cette fameuse exigence de « collégialité ». Peut-être un peu des trois ? De toute façon, pour une partie de la gauche institutionnelle et policée – et cela partout en Suisse – il s’agit moins de combattre que d’intriguer, moins de débattre que de transiger. Ces politiciens, ces technocrates, sous couvert de « clairvoyance », de « pragmatisme », confinent à l’absurdité – et cela, s’il-vous-plaît, dans un langage détestable, dans une façon de patois bureaucratique qui blesserait les oreilles les plus indélicates. Cette gauche là, dont Antonio Hodgers est l’une des plus brillantes illustrations, ne cesse de nous offrir le spectacle de sa propre capitulation. C’est triste. C’est con. Et c’est une honte.

 

22.01.2014

Pitié pour les Femen ?

Si leurs militantes ne sont guères nombreuses, la théâtralité de leurs coups d’éclats – mêlant savamment nudité, blasphème et coprologie – a assuré aux Femen une renommée rapide ainsi qu’une importante force de frappe médiatique. À chacun de leur « happening », la presse convoque une cohorte broussailleuse d’ « experts » : sociologues, politiciens, hommes d’église, écrivains, censés enrichir le débat – déjà saturé – des pro et des anti Femen. Beaucoup réprouvent la violence inhérentes à leurs manifestations, le dogmatisme naïf de leur discours ou l’image unilatérale qu’elles livrent de la « femme libérée », tandis que d’autres emboîtent le pas à leurs protestations, les jugent courageuses ou concluent, avec philosophie, qu’elles « disent n’importe quoi mais ont de jolis nénés ».
Ici, un étron devant une cathédrale, là un jet d’urine contre une mosquée ou une grappe de rabbins. Il en résulte une réprobation plus ou moins légitime, un écœurement plus ou moins vague, une sympathie plus ou moins vive. Mais peu de commentateurs ont noté la cohérence admirable de leur discours. Chez elles, il n’y a pas cette hypocrisie que l’on retrouve ordinairement chez les idéologues. D’une part, chez ceux dont le projet de toute une vie est de faire interdire les crucifix en classes de primaire et qui croient tirer de cet anticatholicisme non moins primaire une auréole de révolté. D’autre part, chez les conservateurs prompts à flairer le fanatisme sous chaque pan de voile, chasseurs de minarets, puisant dans le concept de laïcité les raisons de leur propre intolérance. Pour les premiers, il ne peut y avoir d’intégrisme et de régression en dehors de l’Eglise Catholique romaine. Les autres religions sont plutôt des « manifestations culturelles intéressantes », des «recherches personnelles porteuses de sens » quand il ne s’agit pas de « réseaux de résistance à l’ordre mercantile ». Pour les deuxièmes, le christianisme est vécu (et revendiqué) comme territoire – autour duquel se pressent des meutes d’infidèles dont les pratiques sont volontiers jugées « moyenâgeuses ». Ensemble, ils forment une sorte de Cour des miracles de la pensée critique, où les divergences ne sont qu’apparentes, d’intérêt – où l’on s’entre-étripe davantage par habitude que par conviction.
Les Femen sont sans doute passablement naïves, vulgaires, ridicules, mais elles ont pour elle une remarquable cohérence. Leur cible est clair : l’homme viril et ses arrière-plans métaphysiques. Elles ne font sans doute pas dans la dentelle, mais pas non plus exclusivement dans la soutane ou le voile islamique. Elles ne louvoient pas. Elles ne passent pas d’une obédience à l’autre sous prétexte de laïcité. Elles ne restituent pas l’esprit de clocher sous prétexte de l’abattre. Elles ont peu à dire, mais elles le disent nettement. C’est déjà quelque chose !

 

19.01.2014

Juste fiel – réponse circonstanciée à M. Grandjean, chancelier de l’Etat de Vaud

Je n’ai pas l’intention de nourrir la polémique. Seulement, mon honnêteté ayant été mise en doute par M. le chancelier de l’Etat de Vaud Vincent Grandjean, je me permets une brève réponse. Dans le courrier des lecteurs du Nouvelliste, M. Grandjean affirme qu’aucun des trois conseillers d’Etat dont j’ai fait mention n’a, je cite, « attaqué les étudiants ». Concernant M. Freysinger, je laisse à l’appréciation des lecteurs l’article suivant, qui me semble éloquent : Le Matin. Pour ce qui est de Mme. Lyon et de M. Broulis, étant respectivement à la tête du département de l’Education et des Finances, il est raisonnable de conjecturer qu’ils ont leur mot à dire dans les nouvelles « mesures d’austérités » relatives aux bourses d’étude : 24 Heures et qui ont provoqué, en décembre dernier, une manifestation organisée par les syndicats étudiants, visant, précisément, à interpeller ces deux conseillers d’Etat  : 20 Minutes. Troisièmement, si M. Grandjean a raison d’arguer de la générosité du canton de Vaud –  comparée aux pratiques qui ont cours dans le reste du pays – je me permets de lui rappeler que les montants alloués ont fâcheusement tendance à fondre sur l’ensemble de notre territoire : Etudiants.ch (25% de moins en quinze ans ! Et l’article date de 2008 !), et qu’il semble difficilement pensable que le canton de Vaud fasse exception. Evidemment, il est possible que je mente ou que je sois de mauvaise foi. Il est possible que les journalistes mentent. Les étudiants. Les syndicats. Les professeurs. Les citoyens. Il est possible que tout le monde mente et soit de mauvaise foi ! Tout le monde. Sauf la Chancellerie de l’Etat de Vaud, naturellement.

En dernier lieu, dans une perspective plus large, je recommande vivement à M. le chancelier, ainsi qu’aux trois autres personnages dont je traite dans ma chronique, de lire l’excellent ouvrage collectif La nouvelle école du capitalisme (La découverte, 2011), retraçant fidèlement l’inquiétant glissement du domaine public vers le domaine privé qui gangrène nos universités – et rend de plus en plus commune l’idée que l’instruction est une affaire individuelle.

Quentin Mouron

Ecrivain

 

03.01.2014

Quand Broulis et Freysinger veulent émasculer l’ « élite »
Paru dans le Nouvelliste, le 3 janvier 2014

Il est une race qui suscite hallalis et vomissements – de l’extrême-gauche à l’extrême droite en passant par le centre –, une race décriée, honnie, enjointe de disparaître, c’est la race des aristocrates, autrement dit, dans le jargon contemporain : des « élites ». Ce terme vague, mouvant, à l’image de l’époque, signifie tantôt – dans les bouches socialistes – une poignée de clinquants oligarques hissés par l’oseille au-dessus des êtres et des lois, tantôt – dans l’esprit de droite et d’extrême-droite – une meute d’étudiants à barbe sale, adeptes du couple Deleuze-Guattari et s’exprimant volontiers par énigmes ou charades. C’est ce deuxième groupe – caricaturé à l’extrême, comme cela se doit – qui, depuis plusieurs années, subit les feux conjoints et nourris d’une partie de la classe politique (représentés ici par le révérend Freysinger, là par la mère Lyon ou le caissier Broulis). Il s’agit de diminuer leur nombre, de réduire leurs bourses. Ils coûtent. Ils ne produisent rien. Ils ne sont pas rentables. Ils sont, par conséquent, assimilés à une forme de luxe, de dorure, dont le citoyen raisonnable et utilitariste peut, sans danger ni préjudice, faire l’économie lorsqu’il bâtit ce qu’il se représente comme étant son édifice social – à l’allure de prison, sinon de citadelle. L’argument est simple : n’engraissons pas une élite qui ne produit rien.

Les étudiants piquent alors la mouche, ils sanglotent et glapissent, arguent de leur utilité, tentent de prouver leur valeur – en termes symboliques ou marchands ; ils la jouent à la supplique, se traînent en grappe devant les bureaux des conseillers d’Etat et tentent de les fléchir. Ils ont du mérite à sortir sous la pluie, en plein hiver. Mais ils n’en ont pas à supplier. Pour ces messieurs Broulis ou Freysinger, pour la dame Lyon, préférons « le viol, le poison, le poignard, l’incendie » ; admettons dédaigneusement que certes, nous ne sommes pas utiles au sens où ils l’entendent ; que oui, nous passons des veillées à boire et à débattre de philosophes obscurs ou d’alinéas poussiéreux ; concédons que chacun est libre de préférer, à ces affairements vains, les pugilats d’hooligans avinés, les courses de camion et les concours de pet ; citons enfin, en guise de bras d’honneur, Théophile Gautier dans sa préface à Mlle de Maupin : « A quoi bon la musique ? à quoi bon la peinture ? Qui aurait la folie de préférer Michel-Ange à l'inventeur de la moutarde blanche? Il n'y a de vraiment beau que ce qui ne peut servir à rien ; tout ce qui est utile est laid, car c'est l'expression de quelque besoin, et ceux de l'homme sont ignobles et dégoûtants, comme sa pauvre et infirme nature. L'endroit le plus utile d'une maison, ce sont les latrines. » Bien sûr, il est possible que nous soyons « élitistes ». Il est aussi possible que, pour une fois, nous entendions rendre les coups.

  

 

21.12.2013

À Lausanne, le stalinisme est un humanisme
Paru dans le Nouvelliste, le 21 décembre 2013

Une nouvelle verrue s’apprête à pousser sur le nez pourtant déjà bien encombré de la capitale vaudoise : la tour Taoua (Oui ! Taoua ! Et pourquoi pas « Tamitabitou » ? Ou « Papaoutai » ? Que croyez-vous ? On lit Queneau à Lausanne ! Zazie dans le M2), édifice bâtard haut d’une centaine de mètres, dernière fantaisie des autorités communales, toujours larges d’imagination lorsqu’il s’agit d’enlaidir davantage l’une des villes les plus esthétiquement grevées, urbanistiquement salopées, de Suisse romande. Cent mètres donc, cinquante de largeurs, une architecture digne des belles années du stalinisme et, à l’intérieur, un cocktail indigeste fait d’hôtels, de restaurants, de commerces et de logements (très peu, mais suffisamment pour qu’un Grégoire Junod puisse s’en gargariser bruyamment au micro de la RTS) que l’on nous vend comme synonyme de progrès, de modernité et, pourquoi pas, d’humanisme.

Ce projet est rendu possible par une alliance entre les libéraux-radicaux et les socialistes, qui ont le cousinage facile lorsqu’il s’agit de vendre l’ignominie sous les oripeaux racoleurs de la modernité et du progrès. Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Ces amateurs du progrès pour le progrès, infiniment plus vain que les sectateurs de l’art pour l’art, tentent de nous persuader que leur centre commercial géant contribuera à l’élévation morale des habitants de Lausanne, à l’enrichissement de leur patrimoine culturel, tout comme le métro devait permettre aux gens de « déambuler » et de « se rencontrer ».  Dans la littérature, leur type se trouve admirablement représenté par le pharmacien Homais, sous la plume de Flaubert, par le savant Courtial des Pereires, sous celle de Céline.

Autant être clair : le progrès n’est pas, ni de près ni de loin, réductible à un bloc de béton, d’autant moins lorsque celui-ci n’est qu’une surface commerciale de plus, avec de la bouffe et des chambres pour y dormir. Y a-t-il vraiment progrès, à construire des Migros et des Lidl ? En quoi cela constitue-t-il une amélioration ? Y a-t-il nouveauté ? Rupture ? Révolution ? Absolument pas. À l’intérieur du temple, les marchands sont à l’œuvre. Mêmes mécanismes. Ils capitalisent comme à l’ordinaire. Parce que c’est bien de cela dont il s’agit, ne soyons pas dupe : d’une opération de spéculation immobilière. Dissimuler la rage foncière sous l’étendard du progrès est une ruse elle-même bien élimée, à la trame, qui ne peut guère séduire que quelques socialistes crédules et une poignée de conseillers gouteux. Allons, soyons sérieux ! Si Grégoire Junod veut « du nouveau », je m’engage à lui en fournir, à l’initier personnellement aux joies du fist-fucking et de la méthamphétamine, pratiques éminemment modernes s’il en est, et autrement agréables que ses cathédrales staliniennes.

Et maintenant, avale ta tour.  

 

07.12.2013

J'ai emmené deux enfants dans un bois et...
Paru dans le Nouvelliste, le 7 décembre 2013

« Bon Dieu, qu’est-ce qui m’a pris ? Il y a quelques semaines, j’emmenai les deux enfants de mes voisins dans une clairière isolée. Je pensai encore, à ce moment là, être suffisamment fort pour me contenir, taire ce Thanatos d’os et de cendre qui remuait en moi – je pensais pouvoir faire marche arrière. Naïveté! Méconnaissance du gouffre ! La partie était à peine commencée que, sans pitié, j’assénai aux deux mômes un premier goal. Fou furieux, je shootai encore. Et puis une troisième fois, en pleine lucarne. Et le massacre continua deux heures. Deux heures ! Au terme de ce supplice, je les menais neuf à zéro et les savais marqué à vie. Mais le cauchemar ne s’arrête pas là. Deux jours plus tard, alors qu’elle était sans défense, je battis violemment ma grand-mère… au Jass. »

Ce type de confession, pour curieux qu’il paraisse, risque de devenir de plus en plus courant. Jusqu’à une date récente, un psychopathe était un type (ou une femme, parfois) complètement vrillé qui pratiquait la torture, l’assassinat barbare ou le cannibalisme. Les noms qui nous viennent à l’esprit sont Charles Manson, Ted Bunty, Henry Lee Lucas ou plus proche de nous le sadique de Romont. Nous avions tort. Un certain pan de la psychologie contemporaine – relayé par plusieurs magazines féminins – a fait cette découverte importante : les psychopathes forment en fait un pourcentage non négligeable de notre population. Qui sont-ils ? Eh bien, un peu tout le monde si l’on en croit les chercheurs. Mais ils se localiseraient plus particulièrement au sein de certaines professions que l’on vous invite, au passage, à tenir pour suspectes: avocats, chirurgiens, flics ou encore vendeurs d’assurance. Dorénavant, tout ce qui se dresse contre vous, d’une manière ou d’une autre, tout ce qui fait preuve de caractère, de brutalité ou de grandeur, est susceptible de se voir collé cette flatteuse étiquette. Les conséquences sont facile à deviner : assimilation de gestes anodins à des gestes criminels, suspicion générale, traitement médical massif, internement d’individus douteux (au sens élargi dont nous avons parlé).

Mais ce sont là des perspectives sinistres, alors que le clou du spectacle, lui, est savoureux, pour ne pas dire hilarant : un chercheur britannique a découvert, à son grand dam, que son propre cerveau ressemblait curieusement à celui des meurtriers sanguinaires sur lesquels il travaillait – qu’il était donc un psychopathe. A-t-il tué ? Non ! Violé ? Pas davantage. Dévoré femme et enfants ? Du tout ! Alors de quoi est-il capable ? Eh bien, ce monstre dépasse toutes nos attentes, puisqu’il confie à la presse : « J'ai un esprit de compétition odieux. Je ne laisse pas mes petits-enfants gagner des jeux. » On apprend ensuite qu’il « s'efforce aujourd'hui de vivre malgré cette découverte. » Quel coup dur ! On lui souhaite bonne chance.

 

06.11.2013

L'école des petits salopards
Paru dans le Nouvelliste, le 6 novembre 2013

Le 20 Minutes nous l’apprend : le canton de Genève, s’alignant sur le « modèle » vaudois, se dotera prochainement d’une brigade d’adolescents ayant pour mission de dénoncer les commerçants qui accepteraient de leur vendre de l’alcool. Après quelques jours d’endoctrinement, durant lesquels on ne manquera pas de leur promettre de l’argent, cette belle jeunesse entrera en fonction et commencera sa traque au « mauvais vendeur d’alcool » (nous connaissions déjà, grâce aux Inconnus, le bon et le mauvais chasseur, le bon et le mauvais rocker, nous compterons désormais avec le bon et le mauvais gnôleur). « Les mineurs se rendront dans des lieux où se vend de l'alcool accompagnés d'un adulte », précise le quotidien romand. Sage précaution ! Il est bon, en effet, que ces soldats encore fragiles soient flanqués d’un vétéran, au cas où ils seraient pris d’une « faiblesse », que nous nommerions plus volontiers « scrupules », et renonceraient à dénoncer le commerçant qui s’est laissé séduire. Cette dénonciation, d’ailleurs, dans la novlangue pudique que pratique l’Etat, est appelée un « recensement » (ouvrant tout de même sur des sanctions, naturellement).

Arrêtons-nous sur le profil de ces nouvelles recrues. Dans une société où la délation est présentée comme un pilier de l’ordre moral, à l’instar du monde imaginé par Orwell dans son célèbre 1984, les agents qui servent sa cause forment deux catégories distinctes : les idéalistes et les stipendiés. Les premiers, aussi orgueilleux que désintéressés, s’imaginent être les garants d’une société saine en même temps qu’ils incarnent les « bons jeunes » aux yeux de l’opinion. Ils laissent à l’Etat le soin de baliser leur horizon. Les stipendiés n’agissent qu’à la force du pognon et se foutent complètement de la lutte contre l’excès d’alcool ou l’insécurité ; moins redoutables que les idéalistes – ils changent volontiers de maître s’ils y trouvent plus d’avantages – ils sont aussi plus détestables, plus dignes de mépris et de claques sur la gueule. Ce sont les descendants naturels de Judas Iscariote. Dans les deux cas, ils forment l’école dite des « petits salopards ».

Nous nous réjouissons de voir défiler cette meute dans nos rues. La jeunesse est belle, n’en déplaise aux mauvaises langues : elle est sobre, responsable, délatrice. Son avenir est assuré.

Nous nous plaisons même à rêver une suite à ce projet… Par exemple la mise en place d’un escadron de filles mineures papillonnant sur la braguette des messieurs priapiques, avec une prédilection pour les footballers et les politiciens. Ou de faux élèves trichant faussement durant de fausses évaluations, chargés de tenter les vrais tricheurs. Ou de faux syndicats chargés de collecter de vraies informations sur de vrais ouvriers pour le compte de vrais patrons. Au royaume du simulacre et de la délation, rien ne peut être exclu.

 

05.09.2013

Chers,

Mon troisième roman, « La Combustion humaine », est sorti en Suisse vendredi dernier. Etant donné qu’il n’y aura pas de vernissage, je vous invite à venir me voir à Morges ce week-end, dans le cadre du Livre sur les Quais, pour me faire une bise, me faire signer votre livre – et trinquer copieusement.

Au plaisir de vous voir là-bas !

PS :

Voici mes horaires de signature :

Vendredi : 10h30-12h30 / 14h30-16h / 17h-19h
Samedi : 10h30-12h30/ 14h-16h / 18h-19h
Dimanche: 11h-13h / 16h-18h30

Infos:
http://lelivresurlesquais.ch/

 

22.08.2013

J’ai le plaisir de vous annoncer la parution de mon troisième roman, La Combustion humaine, le 30 août prochain.

Le résumé :

La combustion humaine, c’est la trajectoire de Jacques Vaillant-Morel, éditeur genevois, engagé dans une lutte pour la survie – et la reconnaissance. Immergé tardivement dans le « milieu littéraire », Morel s’y trouve comme un poisson dans l’eau : confortable et en sûreté, pour autant qu’il ne remonte pas à la surface, qu’il n’échoue pas à l’extérieur... Solitaire, il évite les contacts humains. Internet et les réseaux sociaux se révèlent des alliés précieux, lui permettant de finaliser un livre et de le promouvoir sans sortir de chez lui. Mais La combustion humaine est aussi une comédie, mettant en scène le milieu littéraire, avec ses mesquineries, ses rancœurs et ses luttes intestines. Auteurs, éditeurs, libraires, journalistes, personne n’est épargné. Le regard de Vaillant-Morel est aussi lucide qu’impitoyable. »

Ps: Il s'agit de la sortie suisse. En France, en Belgique et au Québec, il ne paraîtra qu'en janvier 2014.

 

30.04.2013

 

Chers,

Voilà mes horaires de signature au Salon de Genève - qui commence demain!
Mercredi: 14h-15h.
Vendredi:16h-18h.
Samedi: 16h-18h.
Au stand P1645.

Venez m'y trouver!

 

21.04.2013

 

Chers,

Vous trouverez, sous la rubrique « textes », une nouvelle inédite : Le 31 décembre. En attendant mon troisième roman, à paraître en août ! Bonne lecture !

 

03.04.2013

Le 21 mars dernier, j’étais à Paris pour la remise du prix Alpes-Jura, décerné par L’association des écrivains de langue française (A.D.E.L.F).

 

28.02.2013

Je suis amusé de voir les avocats du « vivre ensemble », de la « tolérance » et du « respect de l’autre » s’en prendre brutalement, depuis quelques semaines, à la communauté catholique.
Je suis amusé de voir les défenseurs de « l’innocence » (contre la pédophilie des prêtres – ironiser sur le « passé nazi » du Pape, jugeant sans doute que cela n’est pas abuser d’un enfant que de jeter sur ses épaules un uniforme SS).
Je suis amusé de voir le groupe Femen – qui est au féminisme ce que Burzum est au heavy metal – s’en prendre aux symboles du catholicisme (jugeant sans doute que l’Eglise a le monopole en matière de phallocratie, et que les protestants, les orthodoxes, les Juifs et les musulmans sont, pour leur part, intrinsèquement féministes).
Je ne suis pas catholique. Seulement un mécréant qui se marre.

 

28.02.2013

Chers,

« Au point d’effusion des égouts », mon premier livre, paraît aujourd’hui en France, en Belgique et au Québec. Enfin !

Pour ma part, l’aventure continue ! Et c’est avec plaisir que j’ai présenté, sur les ondes de la RTS, un texte inédit lu par un comédien, en collaboration étroite avec le pianiste lausannois Sylvain Papotto. Vous pouvez écouter ce texte, qui s’intitule « Le souper de classe »,  en cliquant ici.

 

31.12.2012

"Au Point d'effusion des égouts" a remporté hier soir le Prix Alpes-Jura, décerné à l'unanimité par l'Association des Ecrivains de Langue Francophone. Que j'irai récupérer au mois de mars, au salon du livre de Paris

 

31.12.2012

Les 20 livres qui ont marqué 2012. Les journalistes du quotidien Le Temps citent "Notre-Dame-de-la-Merci" deux fois! Aux côtés de Patrick Deville, Joël Dicker, Pascal Quignard et Toni Morrison. Cette année fut putainement incroyable à bien des égards...

Et je vous souhaite tout le meilleur pour la suivante! Merci pour votre soutien.

 

27.12.2012

Les mains sales

C’est le gros voisin qui m’a stoppé un matin comme je sortais de chez mes parents. Il aimait bien mon premier livre. « C’est vivant, vraiment, vivant de la vraie vie ». Qu’il aimerait m’en acheter un ou deux encore, pour offrir aux amis, ceux du Club Rotary. Si je pouvais signer ? Leur mettre un petit mot ? Volontiers, volontiers ! On s’était déjà vu, lui et moi. Il était venu une fois quand mon père exposait pour se pâmer sous chaque tableau. Il était chouette dans le genre enthousiaste. Pas ces grognons que je croise dans le coin, à Giez, aussi sympas que des culs de pelles. Le contraire ! Il avait une entreprise qui employait une trentaine de personne. Vous auriez ouï ces fleurs de rhétorique ! Sur comment l’Abbé Pierre c’était peu. Lui ! À côté ! Tout offert ! « Je fais vivre trente familles ! ». Que ces gens lui rapportent du pognon et lui fassent sa graisse, ça lui passait très haut dessus ! Ils me font rire, ces chefs d’entreprise persuadés que le travail c’est une chance qu’ils donnent aux autres, qu’ils le font par dévouement, pas du tout par intérêt ! Et cette manière de les pointer du doigt disant c’est grâce à moi s’ils mangent, s’ils vivent, s’ils baisent, moi qui les nourris, moi qui les fais taffer, définitivement moi qui les insuffle ! Quand ils dépriment ou qu’ils portent plainte pour harcèlement, ce n’est du coup bien sûr plus moi qui les fais vivre, volte-face, c’est eux la faute, qui n’ont pas voulu, pas compris, pas saisi mes bienfaits. Le travail de l’employé ? Anecdote ! « C’est une chance ». Ce qu’il produit ? Une farce ! Le gros là bavant voulait bien que je saisisse le « philanthrope sous le patron ». Que je palpe bien son gros gant de velours. Sa marotte, qui est d’aider les gens. Que je me méprenne pas... Ce que je pense de lui, ce que j’irais écrire ! Il soupçonnait mon communisme... Il voulait pas prendre de risque ! Je suis dévoué à mes employés comme je le suis à ma famille, mieux, c’est ma famille ! Je suis leur père ! Je veille sur eux ! Que le travail soit un échange, ça lui frôlait pas la théière ! Les lois de l’économie, celles de la physique, la chimie, il voulait pas, il transcendait, il se voulait biblique, créateur – le mot ! – « je crée de la richesse et de l’emploi ». Je devais remercier ! Ses employés eux pas du tout, pas créateurs. Que buveurs de richesses, dilapideurs rapides. Le créateur, c’était mon gros voisin. Autour on le savait... On le saluait dès cent mètres, qu’il nous remarque, un sourire, qu’il nous honore. C’était quelqu’un. « Je suis un genre d’artiste » m’a-t-il avoué une fois. « Un artiste utile ! ». Il riait ! Double. Triple. Il pouvait plus se reprendre, sa boutade. C’était trop fort. « Toi et moi créateurs, le même bateau, seulement de nous deux je suis celui qui le fait avancer ! » Vous savez déjà mon sale esprit, arrogant, élitiste. J’ai souri aussi ! « Oui, oui, sombre connard ! » En pensées... Quand même, c’était un client et j’étais à court de ronds. Je le suis toujours. Je n’ai jamais touché une bourse, une subvention, gagné un prix, forcément, les fins de mois... J’ai dû rentrer chez mes parents ! Enfin, je disais : mon gros voisin, s’esclaffant au soleil, bien sûr de son bon droit, de sa vertu, ce quasi-Christ ! Ses employés devaient être contents, reconnaissant. Ils n’étaient évidemment pas du tout contents, et moins encore reconnaissants. Le gros était joyeux mais avare. Obsédé par la chatte. Lunatique aussi, qu’il s’emportait tout d’un coup pour des riens ! Les employés étaient pas dupes ! La plupart se rendaient compte que le gros était pas un saint homme, qu’ils lui faisaient son blé, que c’était pas à remercier. Il y en avait quand même quelques-uns qui le louaient, qui croyaient ce qu’il leur disait, qu’il était leur père, que c’est lui qui les nourrissait, la sueur de son front ! C’est aussi ce que certains journaux économiques feignent de croire. Ce que pense un sacré paquet de monde. On s’en rend compte au moment des votations... Lui le gros en tout cas il y croyait comme fer. Je ne suis pas du genre à laisser comme ça passer, pisser le mérinos, je me gêne ordinairement pas pour renâcler. Pourtant là devant tant de solaire conviction j’étais à court... Je savais pas par où le prendre ! Les lois de l’économie ? Il les niait si totalement, superbement, que j’étais bien en mal ! Comme raisonner avec ceux qui jugent que la science c’est une embrouille dans sa totalité, un complot, forcément, la base commune, le sol fout le camp... Face au gros je balbutiais. Je le laissais poursuivre. Personne ne le remercierait assez ! Jamais ! Il voulait une médaille... Mon livre aussi... Trois exemplaires... Pour le Club Rotary. Qu’il aimerait même une fois m’y convier, que je prenne la parole, divertir ces messieurs. Là cette fois j’ai dit non : Rotary, Belles-Lettres, Maçons ou Temple du Soleil, c’est non ! Clair non ! Pas méchant, contempteur. Seulement catégorique. Non ! Bon, bon, il a pas insisté. Tant que je livrais les livres, paraphés... que je doutais pas de sa philanthropie. On s’est serré la main. « Bonne journée ! – À vous aussi ! ».

 

15.11.2012

Le livre de Joël Dicker

Lundi soir dernier (12.11), la ville et le canton de Genève fêtaient le succès fulgurant de l’écrivain Joël Dicker. En tant que contemporain, confrère et pote, j’étais invité à prononcer un éloge de son livre – à la suite de deux zigotos officiels. Ayant, une fois n’est pas coutume, préparé cet éloge, je vous le laisse à lire ici.

L’évènement était couvert, entre autres, par La Tribune de Genève.

 

 

01.11.2012

Chers,

Mon blog tombe un peu en ruines ces temps. La faute non au manque d’actualité mais, au contraire, à sa trop grande ampleur. Par le menu : interviews divers et variés, signatures chez Payot et, à partir de mardi, rencontre avec les lycéens d’une dizaine de classes dans toute la Suisse Romande, dans le cadre du prix du « Roman des Romands » - pour lequel mon premier livre (Au point d’effusion des égouts) est nominé. Pas de malentendu : je ne me plains absolument pas ! 

En attendant que je prenne le temps de retremper ma plume dans de l’acide, je vous invite à suivre ma page facebook :

http://www.facebook.com/quentin.mouron1

 

 

28.09.2012

Tournée Payot

La tournée Payot est lancée. Je signerai demain (29 septembre) à Payot Lausanne. Au plaisir de vous croiser !

 

La suite : Payot Yverdon-les-Bains – 6 octobre

               Payot Vevey – 6 octobre

               Payot Montreux – 13 octobre

               Payot Nyon – 20 octobre

 

 

19.09.2012

Notre-Dame-de-la-Merci

Chers ! « Notre-Dame-de-la-Merci », qui est sorti depuis un mois, est en voie d’être épuisé en France et en Suisse ! Le deuxième tirage est lancé... Un grand merci pour votre soutien.

Le bouquin bénéficie en outre d’une importante couverture médiatique dans les médias franco-suisses (Le Nouvel Observateur, Le Temps, Le Matin etc.), que je vous invite à découvrir dans la rubrique « presse » de ce site.

Plusieurs rencontres et dédicaces sont prévues ces prochaines semaines... Je vous tiens au jus.

 

 

06.09.2012

L’ « Affaire Varone » et les suceurs de sang

Sous la plume des journalistes, les faits divers les plus communs se transforment rapidement en « affaires ». Tétant la mamelle du scandale, nostalgiques de l’épopée Dreyfus, ils ont récemment monté en épingle ce qu’il est maintenant convenu d’appeler « l’affaire Varone ». Rappelons les faits : il y a quelques semaines, un insignifiant fonctionnaire de l’Etat du Valais, Christian Varone, s’est fait gauler par les douaniers turcs avec dans sa valise une pierre appartenant au patrimoine national. Le gendarme est devenu voleur. C’en est assez pour qu’exultent toute une faune d’abrutis : du chauffard aviné privé de son permis à la ménagère teigneuse à qui le tribunal d’arrondissement a infligé une amende pour avoir mis le carton dans la poubelle du verre – tous vivent ce paradoxe facile comme une revanche (une « belle revanche, retour à l’envoyeur ! »  exprimait, il y a quelques jours, un internaute fébrile dont les cuisses devaient être maculée de mauvais foutre qu’il essuierait à l’aide de ses derniers PV). Face à la déferlante, le terne Christian Varone (membre du terne Parti Libéral-Radical) se prend pour un vieux Grec, plastronnant, répétant le font haut qu’il prouvera son innocence et lavera son honneur. Les classiques ont leurs attraits. Pour ma part, je l’engage à méditer Céline et son éloge de la lâcheté.

 

 

29.07.2012

Annonce de parution !!!

Chers,

Mon deuxième roman, « Notre-Dame-de-la-Merci », sera disponible en librairie le 16 août prochain – en France, en Suisse, au Québec et en Belgique. Une version électronique sera également publiée. Je vous invite à en lire un extrait sur mon site internet, ainsi que la postface du critique littéraire et écrivain Jean-Louis Kuffer (rubrique « texte »). Je vais tâcher de tenir cette page à jour, ainsi que la page presse, histoire de vous mettre au jus régulièrement...

 

03.07.2012

Frambois sous la coupe de l’Euro

Ce Lundi 2 juillet, une poignée de manifestants se sont réunis aux abords de la prison de Frambois – haut lieu de l’expulsion des requérants d’asile. Leurs revendications « en musique » n’avaient pas de quoi faire trembler les gardiens, puisqu’il s’agissait de s’approcher du centre, tambouriner un peu, clamer qu’on était contre, donner aux enfermés de la chaleur humaine. Comparé aux émeutes festives de l’Euro, qui ont secoué tous les soirs toutes les villes d’Europe (sous le regard bienveillant des fonctionnaires de police, chagrin seulement de ne pas être eux-aussi de la fête), le rassemblement de Frambois n’avait pas de quoi émouvoir.

Pourtant les flics étaient là, et en nombre, et armés, et sauvages ! Ils s’étaient tus un mois ! Qu’est-ce qu’ils sont revenus vite ! Qu’ils leur ont mis ! Les chars ! Fallait bien se venger... Contre les millions de couillons dans les rues tous les soirs – paf ! cent et quelques manifestants ! Broyer des couilles ! Lâcher des gaz ! Dans ta gueule ton djembé ! Vuvuzelas ! Les klaxons ! De la tripe ! Du viril ! Lâchés comme ça soudain, pensez comme les flics avaient faim, comme la queue leur gonflait, d’avoir vu impuissants tout un mois des abrutis en liesse couverts de rouge, de bleu, de vert, s’être fait balancer des bières vides dans la gueule sans pouvoir piper mot, qu’on leur pissait dessus sans craindre de contrecoup. Sur ce surgissent des pacifistes ! Banco ! Gagné ! Le sang afflue ! La corde lâche ! On se tient plus !

Imaginons maintenant que les militants (dont je n’étais pas : paresse et couardise) se soient réunis une semaine plus tôt, tout drapés de l’Espagne, de l’Italie, du Portugal, de l’Angleterre, qu’ils soient arrivés à Frambois en bagnole, en GTI, en klaxonnant, avec des mégaphones hurlant qu’ils voulaient apporter aux détenus quelque chose de l’esprit du football, pensez si on les aurait reçus ! À bras ouverts ! Le directeur se serait dérangé. Entrez entrez ! Bip Bip ! Je vous prie ! BIIIIIIP ! Les gardiens seraient accourus tous grimés, leurs racines d’Espagnols ou d’Anglais, saluer les militants, taper dans un ballon, ouvrir une bière, les cellules, je vous en prie, passez, passez, donnez vous la peine ! BIIIIIP ! Pas timides ! Les flics arrivent. Pas du tout en armure. Pas gazeurs du tout. Plutôt sympathiques, mêmes. Veillant juste qu’on se soit stationné. Que ça déborde pas trop... Que ça soit dans les règles. Encore une bière ! Un drapeau ! L’hymne ! L’effusion ! Les détenus s’embrassent. Les gardiens. Tout le monde chante, un rot, l’ivresse. Sur ce Maudet arrive, l’immonde Maudet, imaginez, sportif, lubrique, se roulant dans la foule, titubant aux cachots, palpant des bites, au passage, sifflant l’arbitre ! Comme on l’acclame ! Tout le monde s’acclame ! L’optimisme se déverse, sur Frambois ! Les détenus mêmes tournent nationalistes ! Ils embrassent les condés sur la bouche, à la Russe, on s’adore ! Des millions les rejoignent... Ça commence ! L’esprit du foot qui souffle ! Tous les drapeaux d’Europe... Une corrida géante... Tout ça reflue sur la prison. On va s’entendre ! On s’y engouffre... En chantant ! Pour la fête. Le directeur reçoit. Maudet ne se tient plus ! Les flics donnent de l’écho ! Sirènes et gyrophares, pour l’ampleur ! Pas de menace ! La prison saute ! Boum ! Sur-occupée, de liesse ! Les murs tombent ! Le Grand Juge applaudit ! Toute l’Europe foire de joie ! Frambois est libéré.

Bien sûr, hier après-midi la Coupe d’Europe c’était fini...
Qu’est-ce qu’ils ont pris !

 

 

18.06.2012

Petit buzz nucléaire dans la chapelle des bien-pensants

Un mini-buzz est apparu sur facebook la semaine dernière, à l’occasion du lynchage d’un prof ayant commis le crime infâme de composer un problème de math moins chiant que les autres – où des enfants victimes d’une catastrophe nucléaire se voyaient pousser bras et jambes de façon anarchique. Quelques parents d’élèves couillons passés maîtres dans l’art de marier la chemise noir aux bermudas, relayés par les gardiens de l’ordre et de la loi, se sont immédiatement jurés de veiller à ce que la chose « aille plus loin ». « Aller plus loin », c’est-à-dire exiger à l’encontre du farceur « des suites », les plus désagréables possibles : une suspension définitive, un zéro pointé à l’office du chômage, peut-être une humiliation publique, une rupture de couple, et qui sait – on peut rêver ! – un suicide précédé du meurtre sauvage de son ex-femme et de ses gosses (en espérant que le facétieux n’ait pas le mauvais goût de laisser derrière lui un dernier mot d’esprit, dans lequel il s’en prendrait aux sourds-muets ou aux chauves nains). L’opération avait réussi l’année dernière, quand un hardi génocidaire des écoles vaudoises s’était fait photographier devant Auschwitz avec une boîte de nouille. Le cliché avait circulé et, pour le plus grand plaisir des associations de bien-pensance et de goût sûr, débouché sur le licenciement du personnage (Lausanne, en cela, fait montre d’une ingéniosité estimable : après avoir mis à la rue ses fonctionnaires pour défaut de formatation, voilà qu’elle est sur le point de leur interdire de mendier. La boucle sera bouclée... autour du cou des malfaisants.). Les affamés de scandale ont aujourd’hui une proie à ronger. Il était temps. Ils avaient faim.

S’il est convenu que les outrés aient convoqué une nouvelle fois le nazisme pour asseoir leur verbiage, il est tout de même étonnant qu’ils n’aient pas songé que ce petit problème de math pouvait être une critique anti-nucléaire, jouant sur le grotesque, l’humour noir, comme les tableaux d’Otto Dix sous Weimar – et interdit d’enseignement après l’arrivée des nazis au pouvoir...  Il est étrange que feignant de trouver des « messages » dans la moindre bouse que les moindres artistes leur proposent, ils n’aient pas su discerner la modeste critique formulée par ce matheux sans doute piqué d’écologie, à barbiche et sandales, ayant voulu faire un pas de plus que l’autocollant anti-nucléaire au cul de la voiture, que la marche de protestation qui ne proteste pas, que la table-ronde qui n’intéresse personne. C’est qu’affamés et flairant la chair fraîche, les cannibales du consensus n’ont pas su distinguer entre l’ami et l’adversaire. Tant pis pour lui !

On lui souhaite une mort atroce – ça va de soi.

 

04.06.2012

Marilyn Manson à Festi’Neuch

Je ne suis pas journaliste. J’ai lu, ces dernières années, plusieurs dizaines de critiques traitant des différents concerts de Marilyn Manson – et toutes étaient mauvaises, marquées par la distance froide qui convient aux journaux rapporteurs « d’évènements culturels ». C’est que les « spécialistes de l’évènementiel », confis dans les gradins, toisent d’en haut un public qu’ils connaissent par ouï-dire. Réputation. Ce qu’en peignent les collègues. Qu’ils sont « jeunes grimés tourmentés mais chaleureux et bon enfant ». Et Manson ? « Ce rejeton de Kiss et de Cooper ». Les références ! Leur culture ! Ils s’y prennent les pieds, ils en culbutent bas les gradins, derrière, qu’on dirait à les lire qu’ils n’ont pas assisté au concert (je peux d’ailleurs assurer qu’ils n’y ont pas tous assisté...). Festival oblige, il fallait, pour cette édition-ci du Festi’Neuch, rassurer les parents et les bourgeois de Neuchâtel. Les tranquilliser net. Qu’ils viennent pas renâcler. Leur assurer qu’il n’y a pas eu messe noire, d’égorgements, ni viols ni overdoses visibles – que tout s’est déroulé dans l’ordre (que le langage des festivals appelle la bonne humeur).

 J’ai vu le concert depuis la fosse. Avant que les lumières s’éteignent, j’étais anxieux, impatient, enthousiaste. Je ne vais pas à beaucoup de concerts, je suis donc facilement impressionnable, naïf, qu’un évènement extraordinaire est sur le point de se produire – à l’inverse d’un vieux chauve qui m’a déclaré d’emblée que ce soir ça vaudrait pas Metallica qu’il avait vu la veille. C’est que d’une part le dernier album de Manson est à mon sens ce qu’il a fait de plus excitant depuis Holy Wood, d’autre part j’avais relu dans le courant de la semaine son autobiographie, qui m’apparaît maintenant comme un roman d’initiation de la même bourre que le Rouge et le Noir de Stendhal – fin du 20ième plutôt que 19ième (Bowie remplace Napoléon !). On a bien sûr pu dire que ce n’était pas vrai, truqué, que le mec a menti. Peut-être. Qu’importe ? Je me fous bien de ce qui est exact, ce qui est inventé. Je n’ai pas à faire la part des choses. Seule compte l’atmosphère, l’Ohio, les scènes minables de Floride, les bas-fonds de la Nouvelle-Orléans – où pullulent des travelos d’occasion, des dealeurs, des clochards, des minables – une masse électrique et grouillante en forme de butoir. C’est la sueur, le sperme et le sang d’où monte le cri fragile d’une société en loques.

Je fais vite : les rideaux tombent, les lumières s’éteignent et aussi les publicités pour la banque cantonale neuchâteloise et un magasin de meuble. Le fan de Metallica derrière moi gueule qu’il en a marre d’attendre. Après une brève introduction, Manson commence, de dos, à chanter Hey, cruel world... – destinée à ouvrir tous les concerts de cette tournée. C’est évident qu’il est en forme. Plus que je ne le pensais. S’il ne l’avait pas été, tant pis. Un concert tous les deux jours, la succession des scènes depuis vingt ans – on peut comprendre que jouer là n’est qu’une formalité. Aussi je me fous de la bonne humeur du groupe, du fait que Manson, contre son habitude, communique avec le public, ou qu’il semble mettre dans chacune des chansons (dans les nouvelles particulièrement) une énergie qu’il n’avait pas sur la dernière tournée. C’est bien mais ce n’est qu’accessoire : si ce soir-là j’avais voulu m’amuser, je ne me serais pas pointé dans un festival familial saturé de vapeurs d’huile et d’hurlements d’abrutis en vacances. Ce que je venais faire ? Pendant Disposable Teens il m’a semblé que je revenais là à la racine, vitaliser un mouvement de révolte qui a commencé avec Manson, avant de se poursuivre avec Nine Inch Nails, Nietzsche, Sade, Céline, plus récemment Nabe ou Genet, d’autres encore. Peut-être que nous étions tous venus pour ça. Voir à quoi ressemblait le monde le jour où nous nous sommes barrés de l’Eden en courant. Le concert continue, les titres s’enchaînent et le fan de Metallica grogne derrière moi que « ouais, ça va, non, pas ça, ouais, un peu mou, hum hum, pas top ». Pour ma part – musicalement cette fois ! – je suis comblé par No Reflection et Slo-Mo-Tion – qui font à mon avis partie du meilleur de son répertoire. Personal Jesus passe très bien. Rock is Dead. Pistol Whipped. Il y avait bien quelque chose d’une communion. Autour d’une même idée. Le pain de la révolte, symbolique. Manson mérite son titre de « Révérend » (colporté naïvement par les journalistes). Il ne s’est pas agit d’une réunion de nostalgiques poussiéreux et ringards venus sangloter sur les années quatre-vingt-dix. Manson y est ancré, assurément. Mais le geste par lequel on s’extrait du carcan de Canton, la critique, la subversion, toute la métamorphose du ver, cela se prolonge bien au-delà d’une époque, résonne avec les autres, son oscillation. De Tourniquet à Antichrist Superstar – que Manson chante perché sur sa tribune –, c’est le souffle d’une révolte bien vivante qui, pour échapper aux fans de Metallica et autres plumitifs du « supplément culturel », n’en demeure pas moins sensible à la majorité du public réuni ce soir-là.

 

15.05.2012

Contre le prétendu réalisme des petits cons de droite

Ils sont nombreux, les petits cons de droite, noyés dans un complet trop grand, cravatés en couleur – puisque que le PLR se « met au goût du jour » – à vous dire comme ça de go, sans temps à perdre, que vous êtes des rêveurs. Que la gauche est rêveuse. Idéaliste. Qu’eux non sont très sérieux. Qu’ils aimeraient peut-être bien rêver aussi. Qu’en politique on ne rêve pas. Pour un peu vous vous excuseriez. Que oui oui vous avez trop rêvé. Flâné en diable. Dans les azurs de l’abstraction. Honteux ! Pendant qu’eux s’accolaient aux étrons. Les pieds sur terre ! Qu’ils étaient dans le sol.

Pendant les présidentielles françaises, avant le premier tour, nos réalistes péroraient largement sur les rêveries du candidat de gauche, Mélanchon, qu’ils affirmaient trouver mignon, sympa, cocasse mais pour autant pas sérieux pour un sou (« si seulement ! Si seulement ! Nous voterions ! Juré. Si c’était pas que des fadaises... Nous voterions à gauche ! ») – comme les gens cultivés disent d’un artiste, sacré nature, grand fou, drogué, hé hé, ha ha.

C’est qu’aussi ces souriants petits couillons ont d’eux-mêmes la plus haute des opinions, en proportion inverse de leur estime de la réalité. Ils modèlent le réel sur l’étroitesse de leur esprit. Ils projettent toute la morgue de leurs pensées. Leur petite subjectivité... Les voilà, les rêveurs ! Les idéalistes ! Je nous les pointe. Ceux pour qui le monde doit être le pendant juste de leur bile personnel. De leur désespoir monstre. De leur résignation. Ceux qui peignent tout en gris par conviction – et aussi « parce que c’est moins salissant ». Voyez si Mélanchon, ou d’autres, même à droite, ne sont pas à côté des terriens cent pour cent. Si on peut continuer à radoter sur leur soi-disant manque d’objectivité... Se flatter de sa lucidité. Son intelligence. Sa maturité (« avant moi aussi je votais à gauche, quand j’étais jeune » etc. ).

J’ai toujours, pour ma part, accueilli avec méfiance des types sensés être le comble de la rationalité, et qui me causaient de but en blanc des « lois du marché » en me pointant le vide, comme si devaient surgir du coin de la rue cent caravanes, des revendeurs et un législateur, m’expliquer la présence de la « main invisible » comme une ménagère alcoolique m’aurait parler de faire tourner les tables. Je me suis toujours méfié de l’armada néolibéral, réputé invincible, se débattre en pleine crise en pointant du doigt le « socialisme ambiant ». Je n’ai jamais trouvé ces gens là bien lucides. Réalistes encore moins. Je les trouve au contraire bien rêveurs. Fantaisistes. Ouatés dans la chimère.

Cognons des gueules.

 

26.04.2012

26ème Salon du Livre de Genève

Mon éditeur (Olivier Morattel Editeur) est représenté au 26e Salon du Livre de Genève, dont l'ouverture a eu lieu ce matin. Pour ma part, je m'y trouverai de vendredi à dimanche pour signer mon livre, mais aussi pour rejoindre plusieurs tables rondes et débats, au sujet desquels vous trouverez plus d'informations sur le site officiel du Salon.

Vendredi:

- 13h00:  "Ecrire, ça s'apprend?" Animé par Christophe Passer. Stand de l'Hebdo (CU 341).

- 16h00-17h00: dédicace de "Au point d'effusion des égouts". Stand Olivier Morattel Editeur/Hélice Hélas (G 952).

Samedi:

11h00-13h30: Présentation du collectif "Le Coeur à l'Ouvrage", suivi d'un portrait croisé entre Jean-Louis Kuffer et Quentin Mouron. Stand Le Cercle-Scène (l1145).

-14h00-15h00: dédicace de "Au point d'effusion des égouts". Stand Olivier Morattel Editeur/Hélice Hélas (G 952).

-15h30: interview filmée avec Daniel Bernard. Stand France Loisir Suisse (F811).

Dimanche:

- 14h00: "L'expérience du premier roman". Rencontre avec Aude Seigne et Joël Dicker. Maison de Rousseau et de la littérature.

- 16h00-17h00: dédicace de "Au point d'effusion des égouts". Stand Olivier Morattel Editeur/Hélice Hélas (G 952).

 

25.04.2012

Vers un autre puritanisme I

L’opinion selon laquelle les élus doivent adopter en tous lieux un comportement irréprochable tant sur le plan légal que sur le plan moral s’est officiellement cristallisé en « devoir d’exemplarité ». Ses défenseurs s’accordent à penser que la classe politique n’a pas seulement à charge la représentation des intérêts des citoyens, mais qu’elle doit assumer, en plus, une fonction éducative, dite « d’édification ». Les amis de la morale s’escriment à traquer l’animal politique, sans relâche, à l’affût d’un geste ou d’un mot pouvant constituer un « dérapage ».

L’exemple marquant de ces derniers mois est sans doute le cas d’un type du PLR à la main lourde sur la gueule d’un videur, ou d’un barman – d’un « citoyen » se plaisent à relever ces belles âmes. Qu’une rixe dans un bistro puisse concerner la justice est déjà déplaisant, mais qu’elle soit prétexte au lynchage public dépasse largement toutes les bornes de l’horreur. Ainsi chacun des étrons des élus fait-il l’objet d’une gustation impitoyable des censeurs. Et on taraude les culs de ceux qui s’en donnent trop, on se les torche, on va se les faire, ces affreux salauds violeurs de notre morale pourtant ouverte, réformée –  « subversive » ! Qu’ils s’inclinent, ces pécheurs fauves, qu’ils portent leur faute clouée au dos, à deux genoux.

Le bretteur du PLR devait être « exemplaire », comme l’enfant, innocent, ses yeux tendres. Pense-t-on également que Freysinger soit un ange, ou bien Couchepin une blanche vierge ? La connerie ! Pourtant, ne les voit-on pas s’étonner à tout rompre, lorsqu’ils dénichent, au fond d’un sac poubelle qui lui aussi se doit d’être exemplaire, un vague mot doux attestant d’une « liaison » ? Leurs gros yeux cons font mal à voir. L’innocence déflorée n’est pas plus laide à regarder. Quoi ? Une liaison ? À l’élu ? L’exemplaire ? Les moutons – qui sont plutôt des ânes – s’en vont paître à tout rompre l’herbe de l’opinion, celle des médias, les prés verts des juristes. Ce qu’ils ont sous la dent. Alors le diable Müller ou le diable tel ou tel est bien forcé de se rendre à leurs flammes. S’excuser publiquement. S’humilier. Démissionner des « fonctions respectables » (qui ne le sont qu’aux yeux des moralistes dont je traite) qu’ils n’ont occupées qu’au mépris du bon peuple.

 

25.04.2012

La pensée libre de Jean-Marie le Pen

Ce qu’ont en commun les acteurs du théâtre politique, qu’ils se situent à droite ou à gauche de la scène, c’est la revendication systématique – et « maladive » – de la Sainte Liberté. Je n’ai encore entendu aucun discours y échapper. Le politique, par essence, se veut l’incarnation de la liberté contre le dogmatisme de l’adversaire. Jean-Marie le Pen, dans une interview récente, se proclamait « libre-penseur », et avec lui ses adversaires de gauche ou de droite, tous très férus d’être sans tutelles, prétentieux à crever, tous libérés des geôles de l’idéologie rigide. J’ai entendu la gauche genevoise se tordre de douleur à l’idée qu’était entamée la liberté de manifester, les droitiers libéraux hurler au communisme quand trois ou quatre libraires ont proposé le prix unique du livre, et l’extrême-droite, périodiquement, déplorer les condamnations de ses membres pour tel ou tel excès de verve. Parallèlement, et sans relever le moins du monde le paradoxe, ces mêmes factions en appellent à la création de nouvelles lois, exigent de nouvelles condamnations, plus durs, plus longues, plus immédiates. Les socialistes ont sans doute fait le plus de pas dans ce sens : on ne compte plus les motions castratrices – sous le signe des plus grands esprits libertaires du siècle passé ! Je parle d’une castration essentielle, et non de la régulation de telle ou telle fluctuation de capitaux, de telle ou telle initiative syndicale – d’une castration à la racine, brutale, ravalant l’être entier. Il semble que leurs aînés aient fini par faire peur. Les redoutables anarchistes, Stirner, Bakounine, Kropotkine. Les poètes fulgurants, Rimbaud, Lautréamont, Artaud. Les peintres des avant-gardes. Ils les invoquent toujours, font mine de les aimer, les brandissent au public – ils citent même Nietzsche, dire ! – mais ils n’en gardent que la lettre et leur refusent l’esprit. Les communistes doctrinaires avaient bien sûr le sens de l’ordre et de la loi, mais la coercition, chez eux, n’étaient qu’une étape désagréable sur le chemin de la liberté de chacun. Les socialistes d’aujourd’hui posent l’interdit en absolu. Il est bien clair qu’ils ne le diront pas – Rimbaud ! Artaud ! Léger ! La liberté les fascine de travers. Mais les icônes se brisent quand Dieudonné passe la porte de l’église, avec lui Faurisson – les diables sortent de la boîte. Il n’y a plus personne pour défendre l’avant-garde, le droit de dire et celui de crier – et de crier n’importe quoi. Il n’y a plus, chez ces belles âmes, les noms tant chéris des poètes de l’outrage et de la subversion. Les vitraux colorés se fracassent. Les prêtres se courroucent. Les fidèles ne comprennent plus. Cette petite vieille de vingt ans, militante et courbée, qui avalait l’hostie quand le diable est entré, tousse, et tousse tant que les larmes lui viennent, et elle murmure, entre deux quintes : « comment peut-on être libre différemment de nous ? » Alors les croyants se retrouvent autour d’elle, la hissent sur leurs épaules, écumante et glaireuse, sanglotante, notre idole, ils se retournent contre le diable qui a osé l’ouvrir à contre-culte, Dieudonné le loufoque, le nazi, ils le boutent hors, lui pincent les dix doigts dans la porte, lui font des bleus au cul – « hors ! hors ! Malfaisant ! Purulente gale ! N’y reviens plus ! » Ils prennent Dieu à témoin. « Grâce, Seigneur, un Code, un nouveau Code, un onzième commandement ! » Rimbaud suffoque dans la poussière où on l’a déposé, Stirner moisit dans un caveau, Nietzsche et les autres sont brisés à la masse. Le culte reprend vie. L’église respire. D’un oxygène aussi artificiel que pénal que divin. Nos socialistes sont rassurés. Oh, je ne dis pas qu’ils soient les seuls ! Qu’ils aient le monopole ! Le pourfendeur des minarets, notre Oskar national, n’a-t-il pas menacé de procès ceux qui l’avait croqué à la SS éructant à la sortie des douches ? Et les groupuscules de tout bord, lorsqu’ils en appellent à « plus de reconnaissance », veulent-ils autre chose qu’un dispositif pénal plus efficace ? Le tissu démocratique, tendu par les affrontements de castes, ne peut qu’habiller un projet pénal à long terme – un tribunal géant.

 

24.04.2012

Contre les bavocheurs du centre-gauche

Au début de cette année, la critique bien-pensante célébrait avec effusion le triomphe de la députée verte Sandrine Bavaud, auteure de la motion interdisant (« interdire », le mot est magique et fait rêver les électeurs, cf. mon dernier texte : « à l’abattoir on ne bande pas ») les publicités « qualifiées de sexistes ». Sommée d’exemplifier une définition volontairement trop vague pour être appliquée impartialement, Sandrine Bavaud pointait du doigt (du « droit ? ») la prolifération des culs sur les affiches, les femmes qui font vendre des voitures et autres horreurs consuméristes du même tonneau. Il s’agissait, bien entendu, de lutter activement (entendre : juridiquement) contre la promotion de la « femme-objet ».

Mais Sandrine Bavaud s’est-elle interrogée sur l’essence même de la publicité ? S’est-elle fait la réflexion que l’essence même de la publicité est l’objectivation, la transformation en marchandise, du réel en idéal, et que ce phénomène ne touche pas uniquement les femmes au cul à l’air, mais les femmes d’une manière générale, les hommes, les enfants, les chiens et tout ce qui est d’ordinaire défini négativement comme n’appartenant pas au royaume des objets ? Un gauchisme décidé aurait soutenu la déposition d’une motion visant l’ensemble du domaine publicitaire, une action à la racine – mais anticapitalisme et communautarisme ne font pas bon ménage, quoi qu’on en dise. Le centre-gauche qu’incarne Sandrine Bavaud n’en a pas eu la force. Pire : il n’en a jamais eu l’idée.

De fait, toute figuration humaine, dans le domaine de la publicité – dont les mêmes bien-pensants aimeraient faire un art – se veut objectivante et manipulatrice. À quoi sert le gamin gominé aux yeux d’anges, sinon à diriger les jeunes parents, les autres enfants et les vieux pédophiles ? À quoi servent les poudrés jamesbondesques à nœud pap’, si ce n’est à faire suinter les passantes qui les regardent ? Où a-t-on pris que l’homme (hétéro)sexuellement dangereux était la cible unique de la publicité ? Va-t-on voir, comme souvent dans le domaine de la censure, chacune des communautés historiques ou éphémères se soulever pour demander sa toute petite motion à soi, déclarant comme criminelle l’instrumentalisation des chauves nains ou des Esquimaux borgnes ?

L’action anti-publicitaire se fait dans la rue, pas dans les tribunaux. Particulièrement contre les affiches et autres médiums de diffusion, généralement contre ceux qui les diffusent. L’enjeu n’est pas moral, il est économique. Les hoquets de Bavaud n’y changent rien. Et ne servent qu’à donner – une fois encore – l’image d’une gauche prescriptive et moribonde se contentant de proposer –  contre l’ivresse de l’idée du Grand Soir – la perspective triste d’une petite veillée.

Si Sandrine Bavaud avait voulu tendre une perche à la droite, elle ne se serait pas prise autrement.

 

10.04.2012

À ceux qui ont « leur philosophie »

Le commun n’a plus suffi. La liberté grondait. À chacun sa voiture, sa chambre, son lit – son « espace ». L’individualisme mobilier, vécu comme nouveau principe organisateur de la cellule familiale – qu’il fallait donc décloîtrer – n’a bientôt plus suffi non plus aux fringales libertaires. C’est la pensée que l’on a eu la prétention de remouler à notre guise. Celui qui a sa voiture et son appartement doit avoir sa philosophie. La poubelle s’est ouverte pour tous les grands systèmes. Les béquilles de la pensée ont fait florès, les petits manuels de vie, desquels chacun devait tirer « sa propre pensée originale à soi ». Le résultat ? Des individualités risiblement semblables, qui sillonnent les boulevards des villes et les chemins de la pensée – certains d’avancer seuls, que chaque parole, chaque trait d’esprit est comme lancé par Jupiter, leur nouveauté, besoin d’espace – et le mépris pour les écoles et les systèmes et les kibboutz.

 

06.04.2012

À l’abattoir on ne bande pas

Le point commun entre le père d’élève qui poursuit le prof de son fils pour « mauvais traitement », la journaliste qui estime avoir été brimée par son patron parce qu’elle est gouine, l’unijambiste-chauve-noir-et-Juif qui réclame le droit à ses différences, les montagnards valaisans au tribunal contre « la plaine » après les votations, les bonnes âmes « censeurielles » coupant à grands ciseaux dans ce qui reste de la presse libre, le gauchiste de plus en plus à droite qui trouve que « cette fois Jean Ziegler va trop loin » ? Ils ne bandent pas. Je  veux parler d’une érection de caractère.
Chaque jour, des faits divers s’étalent dans les journaux qui mériteraient tous mes rires gras s’ils n’étaient pas suivis de conséquences hideuses : les bottes des flics, des juges ou le lynchage du grand public. Pour me faire mieux comprendre, je vais à partir d’aujourd’hui tenir le compte de ces « affaires » – qui souvent ne sont que de petites blessures d’égo, mini-brimades montées en mayonnaise dans les cuisines mcdonalisées des journaux à scandale, ou dans les épiceries fines et biologiques des moralistes bobos. Et ma boîte de corned-beef, et ma bière en canette et mon sale caractère ? Je ne fais pas plaisir...
C’est du dedans que l’on s’est ramolli. Qu’on ne peut entendre l’Autre sans lui flairer l’insulte, l’humiliation en coin, le racisme implicite – la bise sans l’attouchement, ni la parole sans harcèlement. Au nom – attention ! – du « vivre-ensemble » ou de l’entente entre les peuples. Et que l’insulte ou l’attouchement, quand ils sont établis, ne peuvent éviter le glaive sinistre de la justice. Et la brutalité policière n’est plus mise en question quand il s’agit de donner suite à notre « affaire ». On va s’entendre à la matraque !
Le recours systématique au Droit (alors que souvent le coup de poing dans la gueule suffit très largement) est l’expression d’une société qui ne tolère la violence que lorsqu’elle ne peut pas la voir directement – la violence hygiénique des tribunaux et des prisons. Thierry Lévy, dans un petit volume autobiographique, raconte qu’à l’école des types l’ont approché pour lui dire qu’il était un « sale Juif ». Le gamin s’est plaint à son père – Paul Lévy, directeur de la revue Aux Ecoutes – qui lui a répondu : « cogne ». Thierry Lévy ne précise pas s’il a cogné ou non. Il n’a jamais pensé être une victime. Il a croisé des cons, c’est tout. 
En pleine crise économique, il est singulier qu’on ne se plaigne pas plus frontalement de la paupérisation, de la baisse du pouvoir d’achat, de l’Etat Providence qui se disloque. Singulier que les journaux ne soient remplis que d’orgueils effeuillés. De petits drames d’égo. De harcèlements en demi-teinte. La crise est-elle oubliée, surmontée peut-être ? Ou la vacuité des ventres s’est-elle simplement transformée en fringale juridique ? Bon Dieu ! Du caractère ! Du sang ! Le foutre ! S’indigner pour chacune des gifles que l’on reçoit revient à ne pas voir les longs couteaux de l’abattoir où l’on est emporté.

 

26.02.2012

Du nouveau côté évènements

Quatre dates dans les différentes Fnac de Suisse-Romande, incluant conférences, interviews et dédicaces - articulées comme suit:
Samedi 31 mars 2012 à la Fnac Balexert à 14h30
Samedi 7 avril 2012 à la Fnac Rive à 15h00
Vendredi 13 avril 2012 à la Fnac Fribourg à 17h30
Samedi 21 avril 2012 à Lausanne dans le cadre du "Booksharing".

En espérant vous voir vos bouilles.

 

19.02.2012

Paru dans le journal "Le Matin"

 

16.02.2012

Dieu ni maître

Alors il n’y eut plus ni Dieu, ni maître, et plus d’espoir non plus. Et certains hommes ont compris que la détresse était utile. Que ça pouvait rapporter gros. Alors les maîtres sont revenus. Ils ont bouché le ciel des cellules des esclaves. Ils les ont habillé et leur ont dit « monsieur ». Ils leur ont dit qu’il fallait vivre et peu penser – qu’ils ne devaient avoir que de petites pensées. Ils leur ont dit qu’ils pouvaient croire, mais à court terme. Qu’il fera beau. Que vous tirerez le coup du siècle. Vous aurez le gros lots. Alors les hommes se sont remis à croire. Et même à croire à toute vitesse. Bien plus qu’avant. Ça été l’inflation. Et leurs créances ne valaient rien.

14.02.2012

Votez pour le Romand du mois de janvier

Le magazine Coopération vous propose de voter pour le "Romand du mois". Quoique je préfère que vous gardiez vos suffrages pour le "Prix Unique du Livre", je vous engage néanmoins à voter pour ma pomme ici.
 

 

13.02.2012

Le problème que posent les Roms à la conscience bourgeoise

Les mendiants font peur. L’hostilité croissante des Suisses à leur égard le prouve. Pourtant, s’ils sont de plus en plus nombreux à battre le pavé de nos rues, à s’y répandre, à genoux, la poussière – un franc ou deux, pas même, quelques centimes – on ne peut pas dire qu’ils soient positivement dangereux (je veux parler d’une insécurité constatable dans les faits, et non pas fantasmée). C’est que la peur est multiforme. « Peur » n’est pas uniquement peur des coups. Ce que nous craignons, quand un Rom nous aborde, ce n’est pas son couteau, c’est son visage. Ce visage émacié, troué, édenté, suppliant, qui nous renvoie à nous-mêmes. Le gouffre qui s’ouvre entre notre opulence et leur misère nous est insupportable, ça nous file des vertiges – nous avons peur du vide. Ce que nous reprochons aux mendiants, ce n’est pas positivement d’être pauvre, c’est de nous mettre leur pauvreté sous les yeux – de nous forcer à regarder. Tant que la misère se tient dans des limites convenables, il est permis de lui échapper, de l’oublier, de la tenir comme « idée », comme réseau de concepts. La vieille rom édentée qui tend la main n’est pas une abstraction. L’odeur dérange. La présence contre soi. L’insupportable incarnation. Les mendiants nous forcent à prendre position. Ils demandent de l’argent. Nous devons leur répondre. Dire oui ou non. Se prononcer. Nous n’avons plus l’excuse de l’idée (qui, le plus souvent, se termine en oubli). La conscience bourgeoise est retenue au bord d’un gouffre – et on la somme de s’expliquer ! Nous comprenons que les mendiants fassent peur. Et qu’on veuille les chasser. La différence entre l’homme qui crève de faim là-bas et l’homme qui crève de faim ici, c’est que celui qui crève de faim ici nous force à regarder, à le regarder lui, à nous regarder nous – il nous prend à témoin. Ce que je vois fait peur.

 

06.02.2012

Lucien Rebatet

On a oublié Rebatet. C'est-à-dire qu’on a l’oublier. Manière de laisser l’Histoire dormir tranquille.
Nabe hurlait son nom sur le plateau de Pivot, en 1985. C’est comme ça que je l’ai découvert. Et que j’ai découvert ceux qui l’avaient découvert.

Deux articles qui font justice à l’œuvre de Rebatet :

Blog de Romain Deblüe
Carnets de JLK

 

17.01.2012

Séances de dédicaces

Ceux d'entre vous qui souhaiteraient se procurer "Au point d'effusion des égouts" accompagné d'une dédicace, peuvent me retrouver aux dates et lieux suivants. En outre, ceux qui l'auraient déjà acheté, et jugeraient ma dédicace indécemment ratée, auront la possibilité de se la faire "redresser" par l'auteur...

Payot Nyon, samedi 28 janvier de 11h à 12h30.
Payot Lausanne, samedi 28 janvier de 15h à 16h30.
Payot Yverdon-les-Bains, samedi 4 février de 14h30 à 16h.
Payot Vevey, samedi 11 février de 14h30 à 16h.
Payot Sion, samedi 18 février de 14h30 à 16h.
Payot Neuchâtel, samedi 25 février de 14h30 à 16h30.

 

08.01.2012

Réimpression

Grâce à votre active collaboration, Au point d’effusion des égouts est presque épuisé – et Olivier Morattel se voit forcé de lancer une réimpression. Merci pour ça !

 

31.12.2011

Je serai l'invité de Daniel Fazan, le dimanche 8 janvier 2012, de 23h à minuit. À cette occasion, nous irons nous en mettre une dans un bistro, et causerons de mon bouquin.

Tout le meilleur pour 2012.

 

 

17.12.2011

Nouvelle rubrique "Presse" au menu principal.

 

14.12.2011

Emission « Que de la radio », vendredi 16 décembre, entre 10h30 et 11h.

Par Catherine Fattebert

 

 

 

11.12.2011

Emission « Entre les Lignes », mardi 13 décembre, entre 11h et 12h.

Un jeune auteur canado-suisse de vingt-deux ans nous entraîne hors haleine dans une pérégrination déroutante.

Un premier texte syncopé, en forme de roman initiatique plein de flashes imagés, pour saisir dans l’urgence le sentiment contemporain de nos « délocalisations ». 

« Los Angeles, c’est la Cité des anges, c’est entendu. Mais des anges poussiéreux, noirs à l’os – et qui tombent à grosse grêle sur le dur des trottoirs. » Ce court roman, travaillé au cordeau, est à proprement parler une histoire de débarquement. Comment le personnage principal - qui incarne la curiosité de l’auteur - atterrit non en terre d’asile mais dans l’envers du décor américain, à rebourd de ce rêve maquillé dans les fictions hollywoodiennes. Comment parler d’élan vital dans la déglingue urbaine, en pleine déroute du sens et au milieu de cette « forêt » de symboles qui ne signifient plus rien sinon un vague rattachement à la culture de l’extrême Occident. Comment s’y repérer sinon en laissant la langue exploser, fureter, soulever les passions les plus folles en guise d’ancrage dans ce bouillonnement de vie. 
Entre audace juvénile et maîtrise narrative, ce premier roman prometteur joue de l’écriture cinématographique pour catapulter «  à vingt-quatre mots seconde » une adresse amoureuse à notre monde qui galope…

Par Christian Ciocca
Lectures : Frédéric Lugon

 

30.11.2011

Dédicace

Je dédicacerai mon livre à Payot La Chaux-de-fonds, le 10 décembre 2011, de 11h à 13h.

 

23.11.2011

Dernière dépêche !

"Au point d'effusion des égouts" sera dans toutes les librairies le 26 novembre 2011

 

20.11.2011

 

 

 

Merci à tous pour votre présence au vernissage du bouquin. Notez que la date de sortie est avancée au 3 décembre, et qu'il sera disponible, comme le veut le poncif, dans "toutes les bonnes librairies" de Suisse Romande.

 

16.11.2011

Charles Bukowski - The meek have inherited

if I suffer at this
typewriter
think how I'd feel
among the lettuce-
pickers of Salinas?
I think of the men
I've known in
factories
with no way to
get out-
choking while living
choking while laughing
at Bob Hope or Lucille
Ball while
2 or 3 children beat
tennis balls against
the wall.
some suicides are never
recorded.

05.11.2011

Pourquoi lit-on Nietzsche ?

Pourquoi lit-on Nietzsche aujourd’hui ? Comment cette mauvaise herbe peut-elle encore pousser dans l’étouffante géométrie de nos jardins français ? Comment nos abris bétonnés n’ont-ils pas mis fin encore à ce souffle dément, ce maelström angoissé? Il semble inconcevable qu’un tel penseur puisse impunément se dresser devant nous, nous tenir en respect. Inconcevable qu’il ne soit pas encore passé au crible de la censure (comme sous le règne des nazis, malgré l’idée reçue). Et la démocratie ? L’égalité ? Les droits de l’Homme ? Ceux de la femme ? Et le respect ? La tolérance ? Et notre chair, et notre sang ? Tout cela en poussière sous le marteau du misanthrope allemand. Pourquoi lit-on Nietzsche ? La question la plus pressante devrait être celle-ci : comment lit-on Nietzsche ? Entrons-nous dans le texte comme l’on entre dans un vêtement – en le tendant d’un bout à l’autre de notre corps? Lisons-nous totalement ? Ou bien, plutôt, faisons-nous de l’histoire des idées ? Le bon grain de l’ivraie ? Trions-nous sa pensée en fonction du bon goût – du bon goût de tout le monde ? N’en faisons-nous pas une sorte d’histrion génial et crapuleux, capable du meilleur et du pire, dont nous ne conservons que les éclats de rire – étant acquis que ses fureurs ne sont jamais que les dérangements d’un homme fou et malade ? Ne tolérons-nous Nietzsche qu’en lui passant à côté – sans oser lui faire face (son regard trop brillant pour que nous ayons la force et le courage de le soutenir) ? Nous passons, lui sourions, par derrière nous nous moquons un petit peu – ce grand puceau dégingandé ! Nous rentrons sans dommage. Notre maison en place. Notre sécurité. Et le molleton de la démocratie.

 

02.11.2011

Ce qui aurait pu être la bande-son du Las Vegas que je raconte dans le bouquin, « une façon de grincement fabuleux qui vous étire le monde », et que je vous engage très vivement à écouter...

Autechre - Gantz Graf

 

29.10.2011

Ajout de trois extraits de "Au point d'effusion des égouts".

Ajout de la première partie du "Fil des choses" (en format .PDF).

 

27.10.2011

J'ai le plaisir de vous annoncer la parution de mon roman, "Au point d'effusion des égouts", chez Olivier Morattel Editeur. La sortie en librairies aura lieu le 7 janvier 2012.

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